
En 2026, la Thaïlande fait face à une crise démographique sans précédent. Le pays a enregistré environ 416 500 naissances l’an dernier, contre plus de 559 000 décès, signe d’une population en déclin. Pour une société qui craignait autrefois des classes surchargées, la nouvelle inquiétude est désormais l’absence de jeunes pour les remplir.
Dans les rues de Bangkok, les cafés restent bondés et les centres commerciaux animés, mais les poussettes se raréfient. Pour la Génération Z, âgée de 14 à 29 ans, avoir un enfant n’est plus une évidence mais un projet coûteux et risqué. Les loyers, la dette, la précarité de l’emploi et la santé mentale pèsent lourd dans la balance. Beaucoup préfèrent adopter un chat ou un chien plutôt que de s’engager dans la parentalité. On les appelle les « pet parents »
Les enquêtes, comme celle de Deloitte, montrent que les jeunes Thaïlandais retardent les grandes décisions de vie, mariage et enfants compris, en raison de pressions financières. L’achat d’un logement à Bangkok relève pour eux du rêve inaccessible, comparable à gagner à la loterie. Sans stabilité professionnelle ni logement abordable, fonder une famille paraît irréaliste.
Leur discours tranche avec celui de leurs parents. La parentalité n’est plus perçue comme une étape automatique, mais comme un projet nécessitant économies, temps et énergie émotionnelle. La santé mentale, le burn‑out et l’équilibre vie privée‑travail sont intégrés dans leurs calculs. Ils ne rejettent pas les bébés, mais refusent de les élever dans le chaos et la dette.
Cette tendance arrive au pire moment pour l’économie. La Banque de Thaïlande prévoit une croissance modeste de 2,3 % en 2026 et 1,8 % en 2027. Un rétrécissement de la main‑d’œuvre compliquerait encore la situation, déjà fragilisée par le vieillissement, l’endettement des ménages et des revenus inégaux.
Les responsables politiques commencent à comprendre que la natalité n’est plus une simple question sociale. Elle touche directement aux recettes fiscales, aux coûts de protection sociale et à la compétitivité du pays. La campagne gouvernementale Every Birth Matters ou « chaque naissance est importante » tente de rassurer, mais les slogans ne paient pas les frais de garde et n’améliorent pas l’enseignement.
La véritable bataille politique pourrait bien se jouer dans les crèches vides. Les enfants absents ne votent pas, ne manifestent pas et ne font pas la une, mais leur silence pèse déjà lourd. Pour les électeurs de la Génération Z, le message est clair : si l’État veut plus de bébés, il doit d’abord rendre la vie adulte abordable et offrir un environnement accueillant les enfants. Cela signifie des salaires décents, des emplois stables, des logements accessibles et un soutien réel à la garde d’enfants.
En somme, la Génération Z n’est pas « anti‑bébé », elle est « anti‑chaos ». Et tant que la parentalité restera synonyme de dettes et de nuits blanches, les jeunes Thaïlandais continueront à choisir les animaux de compagnie plutôt que les berceaux. D’ailleurs, le secteur économique lié aux chiens et aux chats propsère.



