
Le débat budgétaire de 2027 a pris une tournure explosive mardi, lorsque plusieurs membres de la commission parlementaire ont remis en cause l’existence même de l’Internal Security Operations Command (ISOC). L’agence, héritée de la guerre froide, est accusée de doublonner les missions d’autres organes de sécurité et de dilapider des milliards de bahts sans résultats tangibles.
Wan Muhamad Noor Matha, ancien chef du parti Prachachat, ex-président de la Chambre et conseiller du Premier ministre, a plaidé pour sa dissolution. Il a rappelé l’attaque du 20 mars contre le député Kamonsak Leewamoh à Narathiwat, où le véhicule des assaillants provenait du bureau local de l’ISOC. Pour lui, l’agence ne peut se dédouaner de cette affaire et son budget devrait être réaffecté à l’aide sociale et médicale.
Les critiques ne s’arrêtent pas là. Le député démocrate Amporn Pinasa a pointé les 90 millions de bahts consacrés à la lutte antidrogue, alors que le fléau continue de s’aggraver. Il a exigé des preuves concrètes des informations et évaluations transmises par l’ISOC aux forces de l’ordre, ainsi que des résultats mesurables. D’autres parlementaires ont dénoncé des frais de location de véhicules jugés excessifs et plus de 2,2 milliards de bahts non dépensés en 2026.
Face à ces attaques, le secrétaire général de l’ISOC, le général Chaiyapruek Duangprapat, a défendu son rôle de coordination entre les différentes forces de sécurité, citant le modèle du Department of Homeland Security américain, lui aussi contesté. Il a rejeté les accusations de « soldats fantômes » et promis des enquêtes internes en cas d’irrégularités.
Le débat a aussi visé l’Office of National Reform, Strategy and Reconciliation, créé sous la junte de Prayut Chan-o-cha. Le journaliste et député Veera Theerapat a demandé sa suppression, estimant que ses missions se chevauchent avec d’autres agences et risquent de se multiplier « comme une amibe ».
Dans ce climat tendu, le Conseil de sécurité nationale a reconnu que l’objectif gouvernemental d’éradiquer la violence dans le sud d’ici 2027 serait difficile à atteindre. Il prévoit de remplacer progressivement les soldats par des volontaires de défense territoriale dans les zones apaisées.
Mais c’est la réaction du Premier ministre Anutin Charnvirakul qui a tranché. Interrogé sur la proposition de Wan Noor, il a rejeté toute idée d’abolition de l’ISOC. « Comment pourrait-elle être supprimée ? Elle fait partie de la Thaïlande depuis tant d’années », a-t-il déclaré, tout en minimisant les divergences avec son conseiller. Anutin, dont les liens avec l’armée ne sont pas secrets, ne pouvait répondre autrement.
Le bras de fer autour de l’ISOC illustre les tensions entre volonté de rationaliser l’appareil d’État et réflexes nationalistes. Alors que le pays débat de ses priorités budgétaires, la question reste ouverte : l’ISOC est‑elle encore un pilier incontournable de la sécurité nationale, ou bien une structure coûteuse, dépassée, et susceptible de servir d’outil discret au service de l’establishment ?



