
Le ministère de l’Intérieur thaïlandais a révélé mardi des irrégularités massives dans les résultats d’examens de recrutement de fonctionnaires locaux. Près de 5.000 agents nouvellement embauchés pourraient avoir obtenu leur poste grâce à des manipulations, a indiqué le vice‑ministre Worasit Liangprasit.
Selon lui, une enquête interne a mis en évidence des écarts entre les notes annoncées et les copies d’examen de 5.000 candidats sur les 15.000 retenus par le Département de l’administration locale (DLA). Le ministère va saisir la Commission nationale anticorruption (NACC) et lancer en parallèle des procédures disciplinaires. Les agents concernés risquent le licenciement, voire des poursuites judiciaires.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul, également ministre de l’Intérieur, a prévenu que les fonctionnaires recrutés de manière frauduleuse devront rendre leurs salaires et faire face à la justice. L’affaire pourrait s’étendre, car près de 400.000 personnes ont passé ces concours organisés fin 2025.
Le scandale a éclaté après l’arrestation de dix personnes, dont plusieurs fonctionnaires, dans une maison de Nonthaburi. Elles étaient accusées d’avoir falsifié environ 3.000 copies pour les aligner sur les notes publiées. L’enquête a révélé un réseau organisé qui aurait perçu des pots‑de‑vin allant de 350.000 à 800.000 baht pour garantir la réussite de certains candidats.
Face à la polémique, Anutin avait ordonné un gel des recrutements du DLA, avant que la commission centrale des fonctionnaires locaux ne revienne sur cette décision. Les nouveaux agents ont pris leurs fonctions le 1er juillet. Interrogé sur la possibilité que les suspects restent en poste le temps de l’enquête, Anutin a assuré que le ministère pouvait agir seul si les preuves étaient claires.
Le secrétaire permanent du ministère, Unsit Sampuntharat, a annoncé l’ouverture d’une enquête visant cinq hauts responsables soupçonnés d’implication.
Dans le même temps, le parti Bhumjaithai entend durcir la loi. Il déposera mercredi un projet prévoyant jusqu’à 15 ans de prison, 300.000 baht d’amende et une interdiction à vie de travailler dans la fonction publique pour toute fraude aux concours. Le texte couvre la triche, l’usurpation d’identité, la corruption, les menaces et les fuites d’épreuves. Les organisateurs d’examens pourraient même subir des sanctions doublées.
Les 5.000 agents épinglés pourraient n’être que la partie visible d’un système bien plus vaste. Si l’on multipliait ce nombre par la somme médiane de 500.000 bahts par personne, la facture dépasserait les deux milliards. Une fraude d’une telle ampleur ne peut avoir été orchestrée par de simples exécutants : des complicités à haut niveau sont vraisemblables, même si elles ne sont ni prouvées ni identifiées à ce jour.



