Anant
Le Département des enquêtes spéciales (DSI) a confirmé avoir obtenu en mars dernier un mandat d’arrêt contre Anant Asavabhokin, fondateur du géant immobilier Land & Houses Plc, dans une affaire de blanchiment d’argent liée au scandale de la coopérative de crédit Klongchan (KCUC) et au temple Wat Phra Dhammakaya.
À 75 ans, l’homme d’affaires est poursuivi pour « conspiration en vue de blanchiment » et « blanchiment d’argent », en vertu de la loi anti‑blanchiment. L’affaire remonte à une décision du procureur général en février 2024, ordonnant sa mise en examen après des années de procédures et de contestations.
Le dossier s’appuie sur des transactions immobilières suspectes entre Anant et Supachai Srisupa‑aksorn, ancien président de la KCUC, accusé d’avoir détourné des milliards de bahts.
Supachai Srisupa‑aksorn, alors président de la coopérative de crédit Klongchan (KCUC), est donc accusé d’avoir détourné des milliards de bahts. Grâce à ces fonds, il aurait pris le contrôle de la société M‑Home SPV 2 Co., en acquérant des parts et en dirigeant ses opérations. Cette structure a ensuite acheté des terrains revendus à Anant Asavabhokin. Selon les enquêteurs, cette transaction immobilière aurait servi de mécanisme de blanchiment, transformant des capitaux détournés en opérations légales, avant qu’une partie ne soit versée à une fondation liée au temple Dhammakaya et qu’une autre ne soit réinjectée dans la société.
Supachai Srisupa‑aksorn est en prison en Thaïlande, condamné à une lourde peine.
Malgré les convocations répétées du DSI, Anant ne s’est jamais présenté. Ses avocats invoquent un état de santé critique : il est hospitalisé à l’étranger pour une insuffisance rénale terminale et placé en soins intensifs depuis 2024. « Sa condition médicale est compréhensible, mais la procédure doit suivre son cours », a déclaré le directeur du DSI, Pol Maj Yutthana Praedam. L’agence envisage désormais de solliciter une notice Interpol pour localiser le suspect.
Le magnat avait déjà quitté ses fonctions en 2017, après que la Banque de Thaïlande eut jugé qu’il n’était plus qualifié pour diriger une institution financière. Land & Houses Plc, qu’il avait fondé en 1983, est devenu l’un des plus grands promoteurs résidentiels du pays et détient une participation majeure dans LH Bank.
Le scandale de la KCUC, éclaté en 2013, avait révélé un détournement massif de fonds et entraîné une série de poursuites contre des proches du temple Dhammakaya, dont l’ancien abbé Phra Dhammajayo. Mais en mars dernier, les charges contre ce dernier ont été abandonnées, la prescription de dix ans ayant expiré.
Pour les victimes représentées par l’avocat Kasemsak Kanphai, l’affaire reste emblématique des lenteurs judiciaires et des obstacles rencontrés lorsqu’il s’agit de poursuivre des personnalités influentes. Le mandat d’arrêt contre Anant, même s’il paraît difficile à exécuter en raison de son état de santé, marque une étape symbolique dans un dossier qui mêle religion, finance et politique.
Cependant, certains observateurs s’interrogent : délivrer un mandat d’arrêt dont l’exécution paraît improbable ne revient‑il pas à choisir la voie la plus facile, simplement pour apaiser l’opinion publique ?



