
Bangkok – En Thaïlande, les amulettes bouddhistes ne sont pas seulement des objets de dévotion. Elles sont aussi devenues, au fil des années, un outil commode pour certains responsables politiques et hauts fonctionnaires désireux de blanchir leur fortune. La Commission nationale anticorruption (NACC) vient de s’attaquer à ce “trou noir” réglementaire, en imposant de nouvelles règles strictes pour encadrer la déclaration de ces biens atypiques.
Un système exploité depuis longtemps
Depuis plus de vingt ans, les élus et hauts gradés doivent déclarer leurs actifs et passifs. Mais la catégorie “autres biens” a permis de glisser des amulettes ou des œuvres d’art dont la valeur est difficile à vérifier. Résultat : certains responsables ont pu justifier des millions de bahts en invoquant des collections d’objets sacrés, sans preuve tangible. D’anciens Premiers ministres ont même inscrit des amulettes très convoitées dans leur patrimoine officiel, présentées à la fois comme talismans spirituels et comme actifs financiers.
Des fortunes invérifiables
Le marché des amulettes n’a pas de prix standardisé. Leur valeur dépend de la rareté, de la réputation du moine qui les a bénies ou de la demande des collectionneurs. Cette subjectivité a ouvert la voie à des abus. Un député fraîchement élu avait ainsi déclaré une collection estimée à plusieurs milliards de bahts, déclenchant la stupeur des enquêteurs. Dans un autre cas, un haut fonctionnaire affirmait avoir accumulé une fortune grâce à la vente de pièces religieuses, avant que la NACC ne démontre la fraude et confisque près de 50 millions de bahts.
Les nouvelles règles
Pour mettre fin à ces pratiques, la NACC impose désormais :
- L’inventaire détaillé de chaque amulette ou œuvre d’art, interdiction de déclarer en bloc.
- Des photos haute résolution, prouvant l’existence physique de l’objet.
- Une estimation réaliste ou une provenance vérifiable, afin d’éviter les valorisations fantaisistes.
En cas de fausse déclaration, les responsables risquent des poursuites pour fraude patrimoniale, ouvrant la voie à des enquêtes plus larges sur leur richesse.
Un symbole culturel devenu outil financier
Les amulettes, censées protéger et porter chance, se retrouvent au cœur d’un débat sur la transparence. Pour les Thaïlandais, elles restent des objets de foi et de tradition. Mais pour certains dirigeants, elles ont servi de paravent commode pour dissimuler des revenus illicites.
Vers une transparence accrue
Avec ces nouvelles mesures, la NACC espère réduire drastiquement l’usage des amulettes comme instruments de blanchiment. Les experts estiment que cette réforme pourrait enfin combler une faille qui mine la crédibilité des déclarations de patrimoine.
En ciblant ce mélange de spiritualité et de finance, la Thaïlande veut envoyer un message clair : les symboles religieux ne doivent plus servir de refuge aux fortunes douteuses.



