
Ce texte synthétise un article de notre partenaire ASEAN NOW – THE THAIGER sur la manière dont le pays gère les capitaux étrangers.
La Thaïlande a lancé la plus vaste opération de contrôle de son histoire contre les sociétés dites « nominees » ou « avec prête-noms », ces structures utilisées par des étrangers pour contourner les restrictions de propriété foncière. Les chiffres impressionnent : 47 000 entreprises ont été signalées comme à risque, mais seules 852 ont réellement été poursuivies.
Un écart qui relativise la « grande purge »
À première vue, l’ampleur du phénomène semble alarmante. Villas, hôtels, restaurants, sociétés immobilières : des dizaines de milliers d’entités ont été identifiées par les autorités. Pourtant, après des mois de raids spectaculaires et de déploiements massifs d’enquêteurs, moins de 2 % des sociétés ciblées ont fait l’objet de poursuites judiciaires. Et encore : il s’agit de dossiers ouverts, non de condamnations définitives.
Autrement dit, la « purge » annoncée n’a rien d’un bulldozer. Les procédures sont longues, complexes et coûteuses. Chaque cas doit être instruit, les preuves rassemblées, les accusés entendus et les recours examinés. À ce rythme, il faudrait plus de 50 ans pour traiter l’ensemble des sociétés déjà signalées.
Des opérations visibles, mais limitées
Exemple récent : en juin 2026, la troisième phase du « Andaman crackdown » a mobilisé plus de 500 agents dans trois provinces touristiques (Phuket, Phang Nga, Krabi). Résultat : 29 sociétés suspectées de structures illégales et 48 autres où les actionnaires étrangers étaient majoritaires. Des chiffres bien modestes au regard des dizaines de milliers de cas recensés.
Ces coups de filet ont surtout une valeur symbolique : ils montrent que l’État agit, tout en envoyant un signal fort aux investisseurs. Mais ils ne traduisent pas une volonté de démanteler massivement le secteur.
Une stratégie de dissuasion plus que de destruction
Le gouvernement thaïlandais sait qu’il ne peut pas « raser » l’économie qu’il a mis dix ans à bâtir. Les sociétés étrangères financent une part essentielle du tourisme, de l’immobilier et des services. Fermer brutalement des milliers d’entreprises reviendrait à fragiliser Phuket, Samui ou Pattaya, au moment même où le pays cherche à attirer davantage d’investissements et à renforcer son rôle régional.
La stratégie est donc claire : faire quelques exemples médiatisés pour inciter les autres à se mettre en conformité. Les autorités misent sur un effet domino : les propriétaires régularisent leurs structures, ferment les coquilles vides ou adoptent des montages légaux.
Un nettoyage progressif du marché
Les chiffres officiels montrent déjà une baisse du nombre de sociétés « à risque » depuis l’introduction des nouveaux outils de contrôle. Non pas parce que des milliers de procès ont été menés, mais parce que les acteurs eux-mêmes ont choisi de se mettre en règle.
Le véritable objectif n’est pas de détruire le marché, mais de le déplacer du gris vers le légal. Les investisseurs honnêtes sont rassurés, les fraudeurs dissuadés, et l’État peut afficher une fermeté qui ne met pas en péril son économie.
Et maintenant ?
- Des poursuites ciblées continueront, au rythme que le système judiciaire peut absorber.
- La majorité des sociétés ne seront jamais traduites en justice, mais invitées à se restructurer.
- Les lois existantes suffisent : pas de réforme majeure en vue, même si la question des quotas de copropriété ou des baux longue durée reste discutée.
- Le marché s’adapte : les structures douteuses disparaissent peu à peu, remplacées par des montages légaux.
En conclusion
La Thaïlande n’est pas en train de « brûler » son secteur immobilier et touristique. Elle utilise une stratégie de dissuasion sélective, en frappant quelques cas emblématiques pour pousser les autres à se conformer. Derrière les gros titres alarmistes, la réalité est plus nuancée : un pays qui protège son économie tout en affichant sa volonté de réguler.



