
Thaksin malade ou excellent acteur ?
Une nouvelle pétition a été déposée lundi auprès de la Commission électorale (CE) demandant la dissolution du parti Pheu Thai au pouvoir et de cinq partenaires de la coalition qui se seraient laissés influencer par l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra.
Les cinq autres partis cités dans la plainte déposée par Nopparut Worachitwutthikul, du groupe White Pigeon de 2006 (les royalistes qui ont manifesté contre Thaksin et de facto créé les conditions du coup d’état de l’époque), sont Bhumjaithai, United Thai Nation (UTN), Chartthaipattana, Prachachat et Palang Prachrarath (PPRP), pourtant pro-armée.
Nopparut se base sur la réunion du 14 août des chefs de ces six partis avec Thaksin, père de la cheffe du parti Pheu Thai Paetongtarn Shinawatra, chez Thaksin après que la Cour constitutionnelle a destitué Srettha Thavisin de ses fonctions. Cela pourrait constituer une infraction aux articles 28 et 29 de la loi sur les partis politiques concernant l’ingérence d’un étranger dans le contrôle des partis politiques.
Il a déclaré que l’infraction pourrait entraîner la dissolution d’un parti politique et a affirmé que, selon la loi, la CE est autorisée à porter de telles questions devant la Cour constitutionnelle pour examen. « Thaksin donnait l’impression de tirer les ficelles, et d’être propriétaire du Pheu Thai. En tant que père de Paetongtarn, Thaksin était également soupçonné d’avoir une influence sur elle. », a déclaré M. Nopparut.
Il a également rappelé que Thaksin était encore en liberté conditionnelle et qu’il n’était pas autorisé à s’engager en politique. La pétition demandant la dissolution des six partis intervient alors que Mme Paetongtarn n’a même pas prononcé son discours de politique générale.
Mardi prochain, lorsque le cabinet tiendra sa première réunion officielle, les groupes dits anti-Thaksin ou royalistes radicalisés prévoient de se rassembler devant le Palais du Gouvernement.
« Le Réseau du peuple réformant la Thaïlande », « l’Armée du Dhamma » et « le peuple thaïlandais protégeant la monarchie » ont annoncé la tenue d’un rassemblement ce week-end. Ils se sont engagés à continuer de surveiller le gouvernement dirigé par Pheu Thai et ses projets controversés, notamment les casinos et la manne de 10000 bahts.
Pichit Chaimongkol, leader du Réseau du peuple réformant la Thaïlande, a déclaré que le rassemblement n’était pas contre le nouveau gouvernement mais les manifestants veulent savoir où en est l’enquête sur le département pénitentiaire qui aurait accordé un traitement préférentiel à Thaksin lors de sa « détention ». Il s’agit donc là d’une autre plainte. Pichit soupçonne la Première ministre Paetongtarn Shinawatra d’avoir tenté de détruire des preuves liées au séjour anormal de son père, Thaksin, à l’hôpital de la police. Paetongtarn pourrait avoir orchestré la suppression d’images de vidéosurveillance pour dissimuler le mensonge de son père accusé d’avoir joué au malade imaginaire pour ne pas aller en prison.
Pichit n’a pas exclu la possibilité d’organiser d’autres rassemblements. Les « rassemblements » de royalistes précèdent les coups d’état qui ont pour vocation de ramener le calme troublé par des alliés de l’armée selon la stratégie bien connue du pompier pyromane.
Lundi, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a reconnu le droit des détracteurs du gouvernement de manifester, mais les a exhortés à respecter la loi.
De plus, le groupe d’activistes Khana Nitichon Cherdchutham a intenté une action en justice contre Paetongtarn devant la Cour constitutionnelle pour violation de l’éthique politique en nommant Thavi Sodsong, le ministre de la justice accusé d’abus de pouvoir dans le cas de Thaksin.
S’ils sont reconnus coupables, Paetongtarn et Sodsong pourraient être immédiatement démis de leurs fonctions.
Au moins dix plaintes ont été déposées contre Paetongtarn, le Pheu Thai et les partis de la coalition pour différents motifs parfois ubuesques. Cela permettra à la « justice » de débrancher Paetongtarn quand elle le voudra et, à minima, de l’empêcher de nuire aux intérêts du régime si elle reste en place.
Pour illustrer le niveau de ces royalistes, on apprend mardi que le procédurier Ruangkrai Leekitwattana a porté contre Paetongtarn Shinawatra pour avoir incité son cabinet à faire le signe « cœur »ou à claquer des doigts lors d’une séance photo. Ruangkrai, membre du parti Palang Pracharath (armée) considère que c’est une faute éthique, car les ministres portaient des uniformes formels entièrement blancs.
Cela dit, il est évident que Thaksin « tire les ficelles ». La question est de savoir si cela mérite des destitutions et des dissolutions de parti.
Attachak Satayanuruk, historien de l’université de Chiang Mai, affirme que Thaksin a non seulement agi comme un marionnettiste, mais qu’il se met souvent lui-même en scène. « Thaksin ferait mieux d’arrêter cela pour de bon », a déclaré l’historien. Il ajoute que Thaksin ne distingue pas le bien du mal, s’est accoquiné avec ses anciens ennemis et a mis en place un gouvernement autoritaire et populiste.
Attachak a déclaré que Thaksin avait conclu des accords secrets avec le régime qui a fomenté les coups d’état de 2006 et 2014 en échange de son retour après 17 ans d’exil sans passer par la case prison.
Enfin, Selon une copie de la déclaration de politique générale de la Première ministre Paetongtarn Shinawatra, la réforme de la Constitution passe avant toute autre chose. Elle rappelle que la Constitution actuelle n’est pas démocratique. Pourtant, l’opposition accuse le gouvernement de faire traîner la réforme de la constitution. Le Parti du Peuple souhaite qu’au moins les articles permettant d’emprisonner les généraux putschistes au moment où ils fomentent les coups d’état soient votés. En fait, tout dépend du deal passé entre Thaksin et le régime.