restaurant Kaen
Les établissements thaïlandais distingués par le Guide Michelin s’attendent à une année difficile. Entre ralentissement de la consommation et flambée des coûts énergétiques, les marges se réduisent et l’avenir du secteur haut de gamme paraît incertain.
Le chef Parkorn Kosiyabong, propriétaire du restaurant GOAT Bangkok (une étoile Michelin), estime que la crise actuelle est « plus compliquée que le Covid-19 ». Selon lui, les clients dépensent moins, avec une baisse moyenne de 20 % par addition, notamment sur les vins. En parallèle, la guerre entre les États-Unis et l’Iran a fait grimper les coûts logistiques de plus de 5 %. Malgré tout, il refuse d’augmenter ses prix ou de réduire les portions, préférant sacrifier une partie de ses marges pour préserver la qualité.
À Khon Kaen, le chef Paisarn Cheewinsiriwat, à la tête du restaurant Kaen, observe aussi une hausse de 5 à 10 % des coûts des ingrédients. Mais en s’appuyant sur des produits locaux, il limite l’impact des transports longue distance. Il note toutefois une baisse des réservations, notamment pendant Songkran, les visiteurs de Bangkok ayant réduit leurs déplacements face à la hausse des prix du carburant. Pour s’adapter, il envisage de revoir ses menus ou de réduire les portions.
Un secteur fragilisé par la crise énergétique
Selon l’Autorité du tourisme de Thaïlande, les restaurants Michelin ont généré 3,18 milliards de bahts entre 2018 et 2025, pour un investissement public de 216 millions de bahts. En 2026, près de 468 établissements figurent dans le guide, attirant plus de 3,4 millions de visiteurs étrangers. Mais cette dynamique est menacée par la crise énergétique et la baisse du pouvoir d’achat.
Les opérateurs touristiques critiquent l’absence de politiques claires pour soutenir les petites et moyennes entreprises, qui représentent la majorité des acteurs du secteur. Beaucoup sont désormais des emprunteurs en difficulté, incapables d’investir ou de se développer. Adith Chairattananon, de l’Association des agents de voyages thaïlandais, estime que les mesures actuelles, comme le programme de co-paiement Khon La Khrueng Plus, sont insuffisantes.
Des solutions attendues du gouvernement
Les professionnels demandent au gouvernement de stabiliser les prix des commodités, notamment du carburant et de l’électricité, et de résoudre la question de l’endettement. Chai Arunanondchai, président du Conseil du tourisme de Thaïlande, appelle aussi à attirer de nouveaux investisseurs et à développer les compétences des acteurs du secteur pour s’adapter aux nouvelles tendances, notamment le tourisme durable et le bien-être. Ainsi, là aussi, la formation professionnelle reste la clé de la survie.
À court terme, la diversification vers les marchés régionaux moins affectés par le conflit au Moyen-Orient est jugée essentielle. À long terme, la Thaïlande doit améliorer ses infrastructures, réduire les goulets d’étranglement dans les aéroports et investir dans des attractions majeures pour séduire les touristes à forte dépense.



