
Deux membres du corps de défense volontaire de Sukhirin ont été tués et seize autres blessés lors d’une attaque meurtrière survenue vendredi 18 septembre après-midi dans le district de Sukhirin, province de Narathiwat. Les assaillants ont d’abord déclenché une bombe artisanale avant d’ouvrir le feu sur le camion transportant les volontaires, qui revenaient d’une compétition de pirogues.
L’incident s’est produit vers 14h52 sur la route 4115, dans le sous-district de Rom Sai. Selon le général de police Praphot Lomkhet, chef de la police de Sukhirin, le véhicule à six roues a été projeté sur la chaussée par la déflagration, puis criblé de balles. Sur place, les secours ont découvert le camion renversé, plusieurs victimes coincées à l’intérieur, ainsi qu’un cratère de deux mètres de profondeur et trois mètres de large. Les débris provenaient d’un engin explosif improvisé fabriqué à partir d’une bonbonne de gaz de 50 kilos.
Les blessés ont été transportés d’urgence à l’hôpital de Sukhirin, cinq d’entre eux étant dans un état critique. Les deux volontaires tués ont été identifiés comme Irin Kaewrawang et Natthanan Kaewsupho. Les enquêteurs estiment que les assaillants, embusqués dans la végétation dense, ont déclenché l’explosion avant de tirer avec des fusils d’assaut. Les volontaires ont riposté, mais les attaquants ont profité de leur connaissance du terrain pour s’échapper.
Les autorités soupçonnent une attaque de représailles. Le 9 septembre, deux spécialistes de la fabrication de bombes liés aux insurgés avaient été abattus lors d’une opération militaire dans la chaîne montagneuse de Tawae. Ce nouvel attentat survient dans un contexte de tensions persistantes dans le sud de la Thaïlande, où les forces de sécurité et les groupes armés s’affrontent régulièrement.
Le district de Sukhirin, frontalier de la Malaisie, est considéré comme une zone sensible. Les autorités locales ont renforcé les mesures de sécurité et appelé la population à rester vigilante. Le gouverneur de Narathiwat a assuré que les forces de l’ordre poursuivaient activement les assaillants et que des patrouilles supplémentaires seraient déployées pour protéger les habitants.
Cette attaque rappelle la fragilité de la situation dans les provinces frontalières du sud, où les violences sporadiques continuent de menacer la stabilité et la vie quotidienne des communautés locales.
Par ailleurs, après plus de vingt ans d’insurrection dans le sud de la Thaïlande, le Barisan Revolusi Nasional (BRN), principal groupe séparatiste musulman malais, affirme vouloir poursuivre la lutte « jusqu’à la fin des temps ». Son porte‑parole Nikmatullah Seri, rencontré à Kuala Lumpur, revendique un objectif politique : obtenir le pouvoir dans une région historiquement liée au sultanat de Patani, annexée au début du XXe siècle par le Siam. Depuis 2004, les violences ont fait plus de 7 000 morts, selon l’ONG Deep South Watch. Bangkok rejette toute idée de sécession et propose plutôt des zones de cessez‑le‑feu et un allègement des mesures sécuritaires, alors que la région vit sous couvre‑feu depuis 2005. Les attaques se poursuivent. Nikmatullah assure que les rebelles visent l’État et non les populations vulnérables, tout en affirmant bénéficier du soutien local. Les négociations sont suspendues, mais des échanges informels pourraient reprendre en octobre, avec la Malaisie pressentie pour nommer un nouveau médiateur.



