
Le gouvernement thaïlandais a lancé une vaste enquête après la découverte d’irrégularités majeures dans la gestion du carburant dans la province de Surat Thani. Selon le ministre de la Justice, Pol Lt Gen Rutthaphon Naowarat, près de 57 millions de litres de carburant ont disparu lors du transport vers six dépôts pétroliers du sud du pays.
Une disparition massive
Les autorités ont constaté que 96 trajets de camions‑citernes avaient transporté 217 millions de litres de carburant vers Surat Thani. Pourtant, seuls 160 millions de litres ont été enregistrés à l’arrivée. L’équivalent d’une journée entière de consommation nationale de diesel s’est volatilisé.
Une enquête à deux volets
Le ministre de la Justice a précisé que l’enquête se déroulait sur deux fronts. D’un côté, la police et l’administration provinciale inspectent les stations‑service pour remonter la filière jusqu’aux dépôts. De l’autre, le Département des enquêtes spéciales (DSI) examine l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, des raffineries aux points de vente. Le DSI a accepté de traiter l’affaire comme un « cas spécial », avec convocation des acteurs impliqués et poursuites judiciaires à la clé.
Des précédents inquiétants
Ce n’est pas la première fois que des irrégularités sont découvertes. Des inspections menées dans les provinces d’Ang Thong, Tak et Nakhon Sawan ont déjà conduit à des arrestations pour rétention ou stockage illégal. La loi sur le commerce des carburants interdit en effet le refus de vente ou le ralentissement volontaire des livraisons.
Un déficit colossal du fonds pétrolier
Au‑delà de Surat Thani, les enquêtes révèlent un impact national. Les pratiques de thésaurisation et d’exportations illégales ont contribué à faire basculer le Fonds pétrolier thaïlandais d’un excédent de 2,4 milliards de bahts en février à un déficit de 47 milliards début avril. Les livraisons quotidiennes dans le nord ont chuté de 2 millions à 1,2 million de litres, tandis que plusieurs dépôts se sont retrouvés sans réserves suffisantes.
Une « cellule de crise » pour surveiller le carburant
Face à l’ampleur du problème, le DSI met en place une cellule de crise pour suivre en temps réel les volumes de carburant. Les douanes, la marine et le ministère de l’Énergie seront associés afin de contrôler les importations et les flux maritimes. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a promis une répression sévère contre les spéculateurs, appelant les citoyens à signaler toute activité suspecte.
Des soupçons de contrebande
Le directeur du DSI, Pol Maj Yutthana Praedam, évoque plusieurs pistes, dont la contrebande transfrontalière. Plus de 40 000 litres ont déjà été interceptés près de Mae Sot, à la frontière avec le Myanmar. Un navire de pêche, le Chok Chon Korn, et son équipage de six personnes font également l’objet d’investigations, près du Cambodge.
Une affaire emblématique
Surat Thani est désormais considérée comme un cas test pour des inspections à l’échelle nationale. Les autorités veulent démontrer qu’aucun acteur n’est au‑dessus des lois, qu’il s’agisse de transporteurs, de dépôts ou de distributeurs.
En pleine crise énergétique mondiale, la disparition de dizaines de millions de litres de carburant met en lumière les fragilités de la chaîne d’approvisionnement thaïlandaise. Pour le gouvernement, l’enjeu est triple : protéger les consommateurs, restaurer la confiance dans un secteur vital pour l’économie et prouver qu’il agit contre les malversations.



