
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, a confirmé devant le Parlement le 9 avril que la Thaïlande ne réduira pas la taxe d’accise sur les carburants pour amortir la flambée des prix. Le pays s’appuiera plutôt sur le Fonds pour les combustibles pétroliers, déjà déficitaire de plus de 56 milliards de bahts, afin de protéger les consommateurs sans fragiliser les finances publiques.
Préserver la base fiscale
Ekniti a insisté : l’excise sur les carburants finance des secteurs essentiels, comme les hôpitaux et la santé publique. La supprimer reviendrait à priver l’État de ressources vitales. Le Fonds pétrolier, qui subventionne actuellement le diesel à hauteur de 1,47 milliard de bahts par jour, doit rester le premier outil de stabilisation.
Une crise durable
Selon lui, la guerre au Moyen-Orient pourrait maintenir les prix du pétrole à des niveaux élevés pendant un à deux ans, en raison des dégâts infligés aux infrastructures énergétiques. La Thaïlande doit donc se préparer à une période prolongée de coûts élevés et accélérer sa transition vers les énergies alternatives : solaire sur toiture, éthanol issu de la canne à sucre et du manioc, biodiesel de l’huile de palme.
Soutien ciblé
Plutôt qu’une baisse générale des taxes, le gouvernement privilégie des aides ciblées. Un Conseil des ministres spécial se réunira le 11 avril pour examiner des mesures de soutien aux transporteurs, dont les coûts se répercutent directement sur les prix à la consommation. Des aides sont aussi prévues pour les pêcheurs, les agriculteurs confrontés à la hausse des engrais et les ménages vulnérables via la carte de protection sociale.
Risques économiques
Ekniti a averti que la crise pourrait évoluer vers une stagflation, combinant inflation élevée et ralentissement économique mondial. La Thaïlande doit éviter de concentrer trop de ressources sur un seul secteur, au risque de provoquer une seconde vague de difficultés avec pertes d’emplois et dégradation des conditions d’affaires.
Confiance en berne
Les inquiétudes se reflètent déjà dans l’opinion : l’indice de confiance des consommateurs est tombé à 51,8 en mars, son plus bas niveau en six mois, selon l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise. Le patronat a abaissé sa prévision de croissance du PIB 2026 à 1,2–1,6 %, contre 1,6–2 % auparavant.
Un tournant stratégique
Pour Ekniti, cette crise doit être vue comme une opportunité de renforcer la compétitivité à long terme. Le gouvernement veut investir dans le capital humain, élargir l’accès aux outils d’IA et attirer davantage d’investissements étrangers en simplifiant les règles. Aucun gouvernement thaïlandais n’a jamais investi dans le capital humain.
Son message le plus clair reste toutefois le refus d’une baisse de taxe : la Thaïlande choisit de protéger ses finances publiques tout en amortissant le choc par le Fonds pétrolier et des aides ciblées, afin de traverser une période qui s’annonce longue et incertaine.



