
La Thaïlande fait face à une double crise qui met à rude épreuve son économie et son quotidien : la flambée des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient et la pénurie de granulés plastiques, matière première essentielle pour l’industrie. Le gouvernement a présenté mercredi de nouvelles lignes directrices pour gérer ces tensions, tout en lançant une enquête nationale sur des soupçons de stockage illégal de carburant.
Les granulés plastiques sous contrôle
Le ministère du Commerce a ajouté fin mars les granulés plastiques à la liste des biens contrôlés afin de limiter la volatilité des prix. Suphajee Suthumpun, ministre du Commerce, a rappelé que ces granulés sont indispensables pour la fabrication d’emballages alimentaires, de fournitures médicales et de biens de consommation. L’objectif est de cibler les produits qui pèsent directement sur le budget des ménages, tout en encourageant l’usage de matériaux alternatifs et en simplifiant les chaînes de production.
La Thaïlande produit chaque année 2,7 millions de tonnes de déchets plastiques, dont seuls 20 à 25 % sont recyclés. Le gouvernement veut profiter de la crise pour accélérer la collecte sélective et la réutilisation, en mobilisant les entreprises et les consommateurs. Un groupe de travail réunissant les ministères du Commerce, de l’Industrie, de l’Environnement et de la Santé publique sera chargé de coordonner les mesures à court, moyen et long terme.
Les compagnies aériennes ajustent leurs vols
La hausse du prix du kérosène, qui a bondi de 90 à 100 % en un mois, frappe de plein fouet le secteur aérien. Thai Lion Air a déjà relevé ses surcharges carburant de 5 à 10 % selon les destinations et réduit certains vols après les vacances de Songkran. Vietjet Thailand a également diminué sa capacité estivale, tout en lançant de nouvelles liaisons vers le Vietnam. Les compagnies affirment surveiller de près l’évolution du marché, notamment en juin, période de faible demande.
Malgré une trêve de deux semaines annoncée entre Washington et Téhéran, les prix du pétrole restent élevés et incertains. Les transporteurs thaïlandais craignent que le nouveau seuil de prix ne se stabilise à un niveau durablement supérieur à celui d’avant-crise.
Soupçons de stockage illégal
Parallèlement, une enquête nationale a été ouverte sur des pratiques de stockage suspectes dans plusieurs provinces, dont Udon Thani, Pathum Thani et Samut Sakhon. La police et le Département des enquêtes spéciales ont relevé des anomalies dans les livraisons de carburant et la consommation électrique de certains dépôts, suggérant que du diesel aurait été retenu pour être revendu plus cher.
Le ministre de la Justice, Pol Lt Gen Rutthapon Naowarat, a annoncé que ces affaires pourraient être classées comme « cas spéciaux », relevant de la législation sur la manipulation des prix. Les autorités veulent éviter que des opérateurs profitent de la crise pour spéculer sur l’énergie.
Des réserves rassurantes
Malgré ces tensions, le Département de l’énergie assure que les réserves de pétrole couvrent 106 jours de consommation. Les raffineries tournent à plein régime et les exportations ont été suspendues, sauf vers le Laos et le Myanmar. Un navire transportant 700 000 barils de brut a d’ailleurs accosté à Si Racha le 7 avril, preuve que l’approvisionnement reste sécurisé.
Une équation délicate
Entre la crise des plastiques, la hausse du carburant et les soupçons de spéculation, la Thaïlande doit jongler entre inflation, soutien aux ménages et réformes structurelles. Le gouvernement promet des mesures rapides, mais la population attend surtout des résultats concrets pour protéger son pouvoir d’achat et éviter que ces crises ne se transforment en choc durable.



