
La Thaïlande s’apprête à vivre une année 2026 sous le signe de la fragilité économique. Selon le puissant comité patronal JSCCIB (Joint Standing Committee on Commerce, Industry and Banking), la croissance du PIB ne devrait pas dépasser 2 %, soit son niveau le plus faible depuis trois décennies – hors crises majeures, comme la pandémie de 2020.
Une croissance en berne
Les prévisions du JSCCIB annoncent une expansion comprise entre 1,6 % et 2 %, tandis que les exportations devraient reculer de 0,5 % à 1,5 %. L’inflation, elle, resterait quasi nulle, oscillant entre -0,2 % et 0,7 %. Pour Kriengkrai Thiennukul, président de la Fédération des industries thaïlandaises, le risque de récession est bien réel : « Le nouveau gouvernement doit transformer nos vieilles industries et miser sur la technologie pour relancer l’économie. »
Le baht trop fort, les exportations fragilisées
La monnaie nationale s’est appréciée de plus de 8 % face au dollar en 2025, réduisant la compétitivité des produits thaïlandais. Les industriels redoutent que cette tendance, combinée aux tarifs douaniers américains, n’étouffe davantage les exportations. Poj Aramwattananont, président de la Chambre de commerce, appelle l’exécutif à surveiller de près le marché de l’or, qui influence les taux de change : « La valeur du baht est une urgence nationale. »
Pour certains économistes, la vigueur jugée irrationnelle du baht s’expliquerait par les flux massifs de capitaux issus du blanchiment d’argent des réseaux mafieux étrangers en Thaïlande.
L’endettement des ménages, talon d’Achille
Sur le plan intérieur, le poids de la dette des ménages inquiète. Au deuxième trimestre 2025, elle représentait 86,8 % du PIB. Une charge qui limite l’accès au crédit et pousse les banques à durcir leurs conditions de prêt. Résultat : la consommation reste atone, freinant la reprise.
Un contexte international instable
À ces difficultés s’ajoutent les tensions géopolitiques. L’attaque militaire américaine contre le Venezuela a ravivé les craintes d’un désordre mondial. Si les échanges commerciaux entre Bangkok et Caracas ne dépassent pas 500 millions de dollars par an, les patrons thaïlandais redoutent des perturbations plus larges dans les chaînes d’approvisionnement et les flux d’investissement.
Payong Srivanich, président de l’Association des banquiers thaïlandais, souligne : « La Thaïlande doit s’adapter aux bouleversements politiques et économiques mondiaux. »
La Banque Centrale renchérit. « Cette année est marquée par une grande incertitude », a déclaré Piti Disyatat, gouverneur adjoint de la Banque de Thaïlande. « Nos marges de manœuvre sont réduites, mais cela ne signifie pas qu’elles sont inexistantes », a-t-il précisé aux journalistes. « Si nous le jugeons nécessaire, nous les utiliserons. »
Le spectre vietnamien
La comparaison avec le voisin vietnamien accentue le malaise. Porté par des investissements publics massifs (+26 % attendus d’ici 2026), Hanoï vise une croissance de 8 % en 2025 et plus de 10 % les années suivantes. Nouvel aéroport près de Ho Chi Minh-Ville, ligne ferroviaire soutenue par Pékin : ces projets pourraient propulser le Vietnam au rang de deuxième économie d’Asie du Sud-Est d’ici 2027, derrière l’Indonésie.
À l’inverse, la Thaïlande accumule les revers : dette élevée, tourisme en convalescence, industrie automobile en recul avec le départ de Suzuki et la baisse de production de Honda. Les experts estiment que le PIB par habitant vietnamien dépassera bientôt les 5 000 dollars, surpassant celui de la Thaïlande. L’humiliation serait terrible pour le royaume.
Une équation politique et économique
Entre instabilité politique interne et tensions frontalières avec le Cambodge qui profitent au gouvernement actuel, Bangkok peine à retrouver un cap. Les milieux d’affaires réclament des réformes structurelles incluant une formation professionnelle, une modernisation industrielle et une stratégie claire pour regagner en compétitivité.
La Thaïlande joue gros : sans sursaut, elle risque de voir son rôle régional s’effriter au profit de ses voisins plus dynamiques. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si le pays saura transformer ses faiblesses en opportunités et éviter que le mot « récession » ne devienne réalité.


