
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a laissé entendre qu’il soutiendrait une hausse du plafond de la dette publique, de 70 % à 75 % du PIB. Cette mesure permettrait de lancer un nouvel emprunt d’urgence de 500 milliards de bahts, destiné à renforcer les marges budgétaires face aux crises économiques et environnementales.
Un outil déjà utilisé par plusieurs gouvernements
Depuis trois décennies, la Thaïlande a eu recours à des décrets d’emprunt exceptionnels pour affronter des crises majeures :
- Chuan Leekpai : 800 milliards de bahts après la crise asiatique de 1997.
- Thaksin Shinawatra : 780 milliards pour restructurer le secteur financier.
- Abhisit Vejjajiva : 400 milliards pour stimuler l’économie lors de la crise mondiale des subprimes.
- Yingluck Shinawatra : 350 milliards après les inondations de 2011.
- Prayut Chan‑o‑cha : 1 500 milliards pour faire face à la pandémie de Covid‑19.
Aujourd’hui, le gouvernement Anutin envisage un décret d’emprunt pour répondre à la flambée des prix de l’énergie, aggravée par le conflit au Moyen‑Orient.
Un plafond bientôt relevé ?
Le vice‑Premier ministre Pakorn Nilprapunt a expliqué que le décret serait soumis au Parlement une fois adopté. La dette publique atteint déjà 66 % du PIB, soit seulement 4 % en dessous du plafond actuel. Chaque point de PIB équivaut à environ 200 milliards de bahts, ce qui laisse une marge de 800 milliards. Pour sécuriser l’opération, le ministère des Finances devrait relever le plafond à 75 %.
Pakorn a également évoqué des transferts budgétaires pour renforcer la préparation financière, en parallèle de l’emprunt.
Prudence et critiques
Le ministre des Finances Ekniti Nitithanprapas a indiqué que la deuxième phase du programme « Khon La Khrueng Plus » (l’État paie la moitié des dépenses des citoyens jusqu’à un plafond) ne serait pas encore proposée au Cabinet, faute de précisions sur son financement. Il a ajouté que la nécessité d’un décret d’urgence pour 500 milliards de bahts devait encore être discutée avec Pakorn.
Dans l’opposition, Korn Chatikavanij, ancien ministre des Finances et aujourd’hui vice‑chef du Parti démocrate, a dénoncé sur Facebook une décision politique prise sans concertation avec l’administration. Il rappelle que la Constitution n’autorise les décrets d’emprunt qu’en cas de nécessité urgente et accuse le gouvernement de risquer de contredire ses propres engagements de discipline budgétaire.
Une dette jugée soutenable
Avec une dette publique à 66 % du PIB, la Thaïlande reste en deçà des niveaux observés en Europe (souvent supérieurs à 100 % comme en France 113 % e en Belgique 104 %) et comparable à ses voisins de l’ASEAN. Le pays conserve donc une capacité d’endettement, même si les marges se réduisent.
Soutien aux ménages et entreprises
En parallèle, la Government Savings Bank (GSB) a lancé un programme de prêts préférentiels de 100 milliards de bahts pour atténuer l’impact de la crise énergétique et des tensions mondiales. Les prêts, plafonnés à 3,5 % d’intérêt les deux premières années, visent les particuliers, PME et grandes entreprises.
- 30 milliards pour soutenir la liquidité.
- 65 milliards pour financer l’expansion des activités.
- 5 milliards pour la transition énergétique des ménages (panneaux solaires, véhicules électriques, rénovations).
Les prêts pour installations solaires peuvent atteindre 500 000 bahts sans garantie, ou 1 million avec garantie, sur sept ans. Pour les véhicules électriques, les taux sont plafonnés à 5 % pour les voitures et 10 % pour les motos.
Une équation délicate
Entre hausse du plafond de la dette, critiques de l’opposition et lancement de programmes de soutien, le gouvernement Anutin cherche à préserver la stabilité économique tout en se préparant aux chocs extérieurs. Mais la question demeure : jusqu’où la Thaïlande peut‑elle s’endetter sans compromettre sa crédibilité financière ?
En effet, l’économie thaïlandaise apparaît de plus en plus fragile après la fin des congés de Songkran, avec la levée des gels de prix sur l’énergie et les biens essentiels. Les entreprises préviennent qu’elles devront augmenter leurs tarifs, tandis que les ménages voient leur revenu disponible stagner ou baisser sous l’effet de la guerre au Moyen‑Orient.
Les économistes alertent sur un risque de stagflation : croissance proche de zéro et inflation autour de 3‑4 %, aggravée par la flambée du pétrole.



