
La Thaïlande prépare une nouvelle étape dans sa transition énergétique. Le ministère des Finances envisage de réformer la taxe d’accise sur les véhicules en l’indexant directement sur les émissions de CO₂. Objectif : encourager les constructeurs à investir dans le pays, à utiliser des composants locaux et à développer des modèles plus propres, tout en préservant la compétitivité de l’industrie traditionnelle.
Une approche élargie
Selon Pornchai Thiraveja, directeur général du département des accises, l’idée est de ne pas limiter les incitations aux seuls véhicules 100 % électriques. Les constructeurs de voitures à moteur thermique, hybrides ou hybrides rechargeables pourraient aussi bénéficier d’avantages fiscaux, à condition d’investir dans des usines locales, d’utiliser des composants produits en Thaïlande et de lancer des exportations. Objectif : accompagner progressivement l’industrie vers des technologies plus propres, sans fragiliser l’emploi ni la compétitivité des acteurs traditionnels.
Batteries et composants dans le viseur
La réforme ne se cantonnerait pas aux véhicules finis. Les batteries et autres pièces jugées essentielles à la réduction des émissions pourraient également entrer dans le champ des incitations. « Tout ce qui contribue à diminuer la pollution doit être soutenu », insiste Pornchai, rappelant que les programmes EV 3.0 et EV 3.5 ont déjà permis d’attirer huit à dix grands constructeurs, dont BYD et MG, et de mettre en circulation environ 170 000 véhicules électriques dans le pays.
Des retombées économiques déjà visibles
Les investissements cumulés dans l’industrie automobile et les pièces détachées atteignent 140 milliards de bahts, avec une capacité de production potentielle de 380 000 véhicules par an et plus de 25 000 emplois créés. La Thaïlande, longtemps surnommée le « Detroit de l’Asie » pour ses exportations de véhicules thermiques, veut désormais s’imposer comme un hub régional pour les voitures électriques.
Trois priorités fixées par le gouvernement
Le ministère des Finances a défini trois axes pour guider cette transition :
- Importations stratégiques : autoriser l’arrivée de modèles innovants pour favoriser l’apprentissage technologique avant une production locale.
- Hub d’exportation régional : élargir la capacité industrielle afin de devenir un centre majeur pour les véhicules propres.
- Contenu local à forte valeur ajoutée : pousser les chaînes d’approvisionnement thaïlandaises à monter en gamme, en développant des technologies clés avec les investisseurs étrangers.
Une dynamique de long terme
Pour Pornchai, il ne s’agit plus seulement de réduire ou d’augmenter une taxe à un instant donné, mais de penser un processus évolutif. La Thaïlande veut attirer des capitaux étrangers, stimuler l’investissement domestique et bâtir une industrie automobile durable.
Avec cette réforme, Bangkok espère transformer son succès initial dans l’électrique en véritable levier de croissance, tout en offrant une transition progressive aux acteurs traditionnels. Une stratégie qui pourrait consolider son ambition : devenir le moteur vert de l’Asie.



