
Alors qu’un fragile cessez‑le‑feu s’installe après l’accord américano‑iranien de juin 2026, un autre mouvement se dessine aux frontières d’Israël : celui des travailleurs thaïlandais. Malgré les risques, des dizaines d’entre eux continuent de débarquer à Tel‑Aviv, valises pleines d’espoir et de projets familiaux.
Trois ans après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui avait coûté la vie à 39 Thaïlandais et entraîné la prise d’otages de 31 autres, le flux de main‑d’œuvre venue de Thaïlande ne faiblit pas. Bien au contraire : leur nombre est passé de 30 000 avant le conflit à près de 50 000 aujourd’hui, répartis dans l’agriculture, la construction, l’industrie et les services.
Le pari du risque
Pour beaucoup, Israël représente une chance plus forte que la peur. « A », 43 ans, originaire de Nonthaburi, a choisi de partir pour subvenir aux besoins de sa fille étudiante. Son contrat de cinq ans lui promet environ 77 000 bahts par mois, soit plusieurs fois son salaire en Thaïlande. Avant de partir, elle a suivi des cours d’anglais et d’hébreu et payé près de 150 000 bahts de frais administratifs. « Je veux simplement que ma famille vive mieux », confie‑t‑elle.
Comme elle, une quarantaine de nouveaux travailleurs ont récemment pris l’avion pour Israël. Parmi eux, une mère célibataire de Nong Khai, 45 ans, qui élève trois enfants. Après avoir vu ses premières démarches échouer en 2023, elle a retenté sa chance en 2025, juste avant la limite d’âge du programme. « C’est effrayant, mais nous prions pour que rien n’arrive. On nous dit que les systèmes de défense sont solides. »
Entre stabilité et tension
Sur place, certains Thaïlandais sont installés depuis des années. Une masseuse de Mukdahan vit à Tel‑Aviv depuis huit ans. Mariée puis divorcée d’un Israélien, elle a refait sa vie et élève une fille de quatre ans bilingue. Son revenu, environ 10 000 shekels par mois, lui assure une stabilité qu’elle juge impossible à retrouver chez elle. Mais la paix reste relative : elle se souvient des sirènes et des explosions du 7 octobre 2023, et des alertes nocturnes depuis le début du conflit avec l’Iran.
Pour ces travailleurs, le calcul est simple : le danger de la guerre contre la précarité économique. Derrière chaque départ se cache une équation intime – frais universitaires, dettes, avenir des enfants. Et tant que cette balance penchera du côté de la survie financière, les vols pour Israël continueront de se remplir.



