
La Thaïlande traverse une période délicate où plusieurs fragilités économiques convergent. Trois tendances majeures se dessinent : l’aggravation de la dette agricole, l’apparition d’un double déficit budgétaire et courant, et l’affaiblissement structurel de son excédent extérieur, longtemps considéré comme un pilier de stabilité.
Une crise agricole qui mine la confiance
Dans les campagnes, les riziculteurs sont étranglés par la hausse des prix du carburant et des engrais, aggravée par la chute des cours du riz. Beaucoup se retrouvent piégés dans un cycle d’endettement insurmontable : plus de la moitié des emprunteurs agricoles de la banque publique BAAC sont considérés comme incapables de rembourser avant la retraite. Les aides gouvernementales, comme les subventions de 1 000 bahts par rai, restent symboliques et insuffisantes face aux coûts. Résultat : une crise de confiance s’installe, avec une opinion publique qui doute de la capacité du gouvernement d’Anutin Charnvirakul à répondre efficacement à la flambée du coût de la vie.
Le spectre du double déficit
Parallèlement, les économistes alertent sur un possible « double déficit » : un déficit budgétaire croissant, alimenté par des politiques de relance coûteuses, combiné à un déficit du compte courant. En avril, le pays a enregistré un déficit commercial record de 10 milliards de dollars, conséquence d’une explosion des importations. Si certains responsables jugent ce déséquilibre temporaire, lié notamment aux importations pétrolières et aux investissements étrangers, d’autres y voient un risque de déstabilisation financière et de dépréciation durable du baht.
Un excédent extérieur en voie d’épuisement
Historiquement, la Thaïlande bénéficiait d’excédents courants robustes, soutenus par le tourisme et les exportations. Mais cette force s’effrite : les recettes touristiques ne compensent plus les paiements croissants pour les services étrangers (frais de transport international, droits de propriété intellectuelle, services financiers), tandis que des produits importés – véhicules électriques, équipements technologiques – remplacent la production locale. Les économistes estiment que le pays pourrait enregistrer un déficit du compte courant équivalant à 2 % du PIB en 2026. Ce niveau reste gérable, mais marque une vulnérabilité accrue. À long terme, la perte de compétitivité industrielle et la dépendance aux importations pourraient transformer ce déficit en problème structurel.
Le défi des réformes structurelles
Face à ces pressions, les experts s’accordent : la réponse ne peut se limiter à des mesures de relance populistes. La Thaïlande doit investir dans de nouveaux moteurs de croissance – santé, services financiers, industries vertes, technologies avancées – et renforcer sa compétitivité industrielle. Les propositions incluent la simplification des réglementations, la lutte contre la corruption, l’accélération des projets d’infrastructures, la formation professionnelle et une meilleure communication des politiques économiques pour rassurer investisseurs et citoyens.
Une équation délicate
La Thaïlande n’est pas encore en crise ouverte, mais ses marges de manœuvre se réduisent. Entre une dette agricole écrasante, un double déficit qui menace la stabilité financière et un excédent extérieur en voie d’épuisement, le pays doit agir vite. Sans réformes structurelles, il risque de perdre les atouts qui ont longtemps assuré sa résilience et de voir s’installer une fragilité durable.



