
Le drame survenu au “Rong Beer Na Ladprao”, un restaurant bar situé sur l’avenue Ladprao, continue de bouleverser la capitale thaïlandaise. L’incendie, d’une violence extrême, a fait 33 morts confirmés et plus de 70 blessés, dont 16 dans un état critique. Les autorités parlent d’une des catastrophes urbaines les plus graves de ces dernières années.
Une enquête tentaculaire
La police métropolitaine de Bangkok a déjà entendu près d’une centaine de témoins : propriétaires, employés, familles de victimes, experts en bâtiment et environnement. Les premières images de vidéosurveillance montrent un dégagement de fumée au plafond, près de la scène, suivi d’un embrasement généralisé en moins d’une minute. Les enquêteurs cherchent à déterminer si les sorties de secours étaient verrouillées, une hypothèse qui alimente la colère des familles.
Autre élément troublant : le propriétaire avait demandé une augmentation de la capacité électrique du site, mais le nouveau système n’avait pas encore été installé. Le lieu était officiellement enregistré comme “restaurant”, ce qui lui permettait d’échapper aux normes plus strictes imposées aux clubs et salles de concert. Une faille réglementaire qui pourrait s’avérer fatale pour les responsables.
Des mesures d’urgence
Face à l’émotion nationale, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a ordonné une inspection générale de tous les lieux de divertissement et bâtiments publics du pays dans un délai de 30 jours. Les gouverneurs provinciaux, ainsi que le gouverneur de Bangkok, Chadchart Sittipunt, devront vérifier les systèmes anti-incendie, les issues de secours et la conformité des licences. Les établissements jugés dangereux seront fermés immédiatement, avec publication des résultats. C’est la définition même de « lieu de divertissement » qui interroge, car on peut se divertir dans un simple restaurant.
Anutin a également annoncé une révision des lois encadrant les horaires, les licences et la localisation des établissements. Il considère que les règles actuelles sur l’implantation des bars et clubs sont devenues irréalistes. Bangkok est une ville dense où chaque quartier compte temples et écoles, si bien qu’interdire les établissements à proximité revient à les mettre tous en infraction. Son propos souligne donc l’inadéquation d’une réglementation figée face à l’évolution urbaine. En filigrane, il plaide pour une réforme plus pragmatique, adaptée aux réalités de la capitale.
Le gouverneur Chadchart a confirmé que le système actuel de zones de divertissement (Patpong, RCA, Ratchadaphisek) ne correspondait plus à la réalité de la capitale, puisqu’il y a des temples et des écoles partout.
Entre sécurité et économie
Le gouvernement insiste sur la nécessité de concilier sécurité publique et moyens de subsistance. Anutin a pointé du doigt les exploitants qui “savent qu’ils enfreignent la loi mais le font pour maximiser leurs profits”. Les autorités promettent des sanctions exemplaires contre les responsables du drame de Ladprao, tandis que les familles endeuillées réclament justice et transparence.
Une communication de crise ?
Reste une question : ces annonces -les mêmes que dans tous les pays du monde- marquent-elles un véritable tournant ou relèvent-elles d’une opération de communication politique ? Les inspections promises sont ambitieuses, mais leur efficacité dépendra de la rigueur des contrôles et de la volonté de sanctionner les manquements, y compris dans les établissements influents.



