
La nuit du 12 juillet 2026 restera gravée comme l’une des plus sombres de Bangkok. Le feu qui a ravagé le pub Rong Beer Na Lat Phrao a tué 28 personnes et blessé 71 autres, dont 25 grièvement. Au‑delà du bilan humain, donc revu à la hausse, la catastrophe met une nouvelle fois en lumière les failles de sécurité des établissements nocturnes en Thaïlande.
Un contraste saisissant
Les images du bâtiment montrent une façade avant dévastée, tandis que l’arrière semble presque intact : climatiseurs, plantes et portes en bois demeurent préservés. Ce contraste souligne que certains clients auraient pu survivre s’ils avaient trouvé une issue vers l’arrière. Mais les sorties de secours, mal signalées ou obstruées, ont transformé la fuite en piège mortel. L’agence nationale de sécurité au travail a rappelé que la majorité des victimes périssent de fumées toxiques, insistant sur l’importance d’alarmes, de sprinklers ou arroseurs et d’exercices d’évacuation réguliers.
Comprendre les phénomènes du feu
Les experts rappellent que deux phénomènes redoutés peuvent transformer un incendie confiné en explosion : le flashover et le backdraft. Le premier survient quand la chaleur accumulée enflamme simultanément tous les matériaux d’une pièce. Le second se produit lorsqu’un apport soudain d’oxygène déclenche une explosion dans un espace saturé de gaz brûlants. Reconnaître ces signes — fumée noire dense, chaleur extrême, pulsations de fumée — est vital pour les pompiers, qui risquent leur vie face à ces réactions fulgurantes.
Soutien aux victimes
Dès le lendemain, la direction du pub a présenté ses excuses publiques et annoncé la création d’un centre d’assistance pour les victimes et leurs familles. Accessible via Facebook et Line, ce guichet unique doit faciliter les démarches et la coordination avec les autorités. Le propriétaire du lieu, grièvement blessé, reste hospitalisé en soins intensifs. La direction promet une coopération totale avec les enquêteurs et appelle à ne pas diffuser d’informations non vérifiées.
Les issues de secours au cœur de l’enquête
Le directeur du district de Chatuchak a confirmé que le bâtiment disposait de quatre sorties, mais leur accessibilité réelle au moment du drame reste à établir. Si les experts médico‑légaux concluent qu’elles étaient verrouillées ou inutilisables, les licences d’exploitation pourraient être révoquées. Les inspections menées avant les fêtes de fin d’année et de Songkran n’avaient révélé aucune irrégularité. Pourtant, les familles endeuillées se sont rendues à l’Institut de médecine légale pour identifier les corps, pendant que les enquêteurs poursuivent leurs vérifications.
Une simple suspension ou révocation de licence semblerait une sanction bien modeste si les sorties de secours étaient inutilisables.
Des sorties obstruées
Le chef de la police nationale a décrit un bâtiment rectangulaire avec deux portes principales et deux sorties arrière. L’une, près des toilettes, a piégé de nombreux clients désorientés par la coupure électrique. L’autre, dans la cuisine, avait perdu son éclairage et sa poignée de porte. Un passage adjacent, encombré de casiers, ne permettait qu’un passage à la fois. Pour les enquêteurs, ces obstacles traduisent une négligence grave. Le propriétaire, hospitalisé, n’a pas encore pu être entendu.
Des drames qui se répètent
Cette tragédie rappelle les précédents incendies meurtriers du Santika en 2009 (67 morts) et du Mountain B en 2022 (26 morts). Les mêmes causes reviennent : matériaux inflammables, fumée toxique, confusion sur les sorties et évacuations impossibles. À Lat Phrao, les premières hypothèses évoquent une défaillance électrique d’un climatiseur, avant que les flammes ne se propagent dans les décorations du plafond.
Un vide réglementaire
Au‑delà des responsabilités immédiates, l’affaire révèle une faille structurelle. Le pub fonctionnait sous licence de « restaurant avec musique live », car situé hors des zones officielles de divertissement, comme peut l’être RCA. Des milliers d’établissements similaires échappent ainsi aux exigences plus strictes de la loi sur les « lieux de nuit », puisqu’il s’agit de simples restaurants. Pour Teera Watcharapranee, du réseau StopDrink, cette faille explique la répétition des drames. Le gouverneur de Bangkok, Chadchart Sittipunt, appelle désormais à revoir les normes de construction et les règles de zonage.
Le cycle des catastrophes
Comme après chaque incendie, enquêtes et comités sont annoncés. Mais l’expérience montre que l’attention publique finit par retomber et que l’application des règles s’affaiblit. Les leçons du Santika et du Mountain B n’ont pas été pleinement appliquées. La Thaïlande n’a plus besoin d’un nouveau rapport pour expliquer ce qui ne va pas : elle a besoin d’un système réglementaire adapté à la réalité des établissements actuels, imposant partout les mêmes standards de sécurité. Faute de quoi, la question n’est pas de savoir si un nouveau drame se produira, mais quand.
Le signal envoyé aux touristes chinois, déjà convaincus que la Thaïlande n’est pas un pays sûr, ne peut qu’accentuer leur réticence à revenir dans un pays où des restaurants fonctionnent encore sans issues de secours réellement utilisables.
Il faut rappeler que la fermeture ou l’inaccessibilité des issues de secours constitue un problème récurrent dans certains établissements du monde entier. On l’a vu en France, avec l’incendie de Rouen en 2016 qui a fait 14 morts, et en Suisse, à Crans‑Montana, où 41 adolescents ont péri dans une discothèque tenue par des gérants justement français, le 1er janvier dernier.



