
Les autorités thaïlandaises ont annoncé avoir saisi ou gelé pour 35,8 milliards de bahts d’actifs, soit environ un milliard d’euros, dans le cadre d’une enquête visant un réseau international de blanchiment d’argent présumé. L’affaire met notamment en cause l’homme d’affaires sud-africain Benjamin Mauerberger et l’entrepreneur d’origine cambodgienne Yim Leak, soupçonnés d’avoir utilisé un système financier complexe pour injecter des fonds d’origine criminelle dans l’économie thaïlandaise.
Selon les enquêteurs, le réseau aurait fait transiter l’argent par des banques cambodgiennes et des fonds d’investissement étrangers avant de l’investir dans plusieurs entreprises cotées à la Bourse de Thaïlande. Parmi les actifs gelés figurent environ 14,8 milliards de bahts d’actions détenues dans de grands groupes thaïlandais, dont Bangchak Corporation, VGI et MFC Asset Management.
L’opération a été présentée à Bangkok par des responsables de la police, du Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent (Amlo) et de la Commission des opérations de bourse thaïlandaise (SEC). Les enquêteurs indiquent que leurs investigations trouvent leur origine dans une affaire impliquant un homme d’affaires laotien qui aurait été victime d’une escroquerie.
Benjamin Mauerberger, également connu sous le nom de Ben Smith, n’est pas un inconnu des autorités. Âgé de 48 ans, il avait déjà été interdit d’exercer comme courtier en valeurs mobilières pendant sept ans en Nouvelle-Zélande. Installé ensuite à Bangkok, il aurait développé un important réseau de relations au sein des milieux politiques et économiques thaïlandais tout en jouant un rôle central dans le dispositif présumé de blanchiment.
L’homme d’affaires sud-africain et son épouse thaïlandaise ont quitté la Thaïlande en septembre 2025, peu avant l’ouverture d’une vaste enquête policière. Les autorités pensent qu’ils se trouvent actuellement à Dubaï. Le couple est déjà poursuivi pour fraude et blanchiment d’argent dans une affaire ayant causé environ un milliard de bahts de préjudice.
Les enquêteurs décrivent un système en trois étapes. Dans un premier temps, entre 2019 et 2021, les fonds auraient transité par des comptes bancaires appartenant à des proches et à des sociétés liées au réseau. Entre 2022 et 2023, l’argent arrivait directement du Cambodge avant d’être transféré vers des fonds d’investissement basés à Singapour. Enfin, entre 2024 et 2025, des dizaines de milliards de bahts auraient été envoyés vers une société de gestion singapourienne afin d’acquérir d’importantes participations dans des entreprises cotées en Thaïlande.
Au total, sept personnes sont visées par des mandats d’arrêt pour blanchiment d’argent, association de malfaiteurs et infractions à la législation boursière. Six d’entre elles se trouveraient actuellement à l’étranger et font l’objet de notices rouges d’Interpol. Outre les actions, les autorités ont également saisi des terrains, des dépôts bancaires, des véhicules de luxe et un yacht, dans l’espoir d’indemniser les éventuelles victimes de cette affaire qui pourrait devenir l’un des plus importants scandales financiers de l’histoire récente de la Thaïlande.



