Le possible propriétaire étranger de cette villa a du souci à se faire.
SURAT THANI – Le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a ordonné une enquête approfondie sur les transactions financières de sociétés suspectées d’être contrôlées par des étrangers via des prête-noms thaïlandais, après la découverte d’un projet de villas avec piscine construit illégalement à Chaloklum, Koh Phangan.
Lors de sa première visite sur l’île mercredi, Anutin a inspecté le chantier incriminé, présenté par la police comme un exemple de montage destiné à contourner l’interdiction de propriété foncière directe par des étrangers. Il a demandé aux autorités de vérifier si les véritables bénéficiaires étaient bien des investisseurs étrangers et de retracer l’origine des fonds. « Les structures de prête-noms violent l’esprit de la loi », a-t-il rappelé, soulignant que les étrangers ne peuvent légalement détenir plus de 49 % des parts d’une société thaïlandaise.
Raids massifs et arrestations
Près de 300 policiers et agents du cadastre ont simultanément mené des perquisitions dans 27 entreprises suspectées d’avoir acquis illégalement 37 terrains. Un étranger a été arrêté pour exploitation d’une activité réservée aux Thaïlandais, tandis que trois ressortissants thaïlandais ont été interpellés pour complicité. Le gouverneur de Surat Thani, Chumpot Wannachatsiri, a indiqué que 29 plaintes avaient été déposées ces derniers mois, entraînant déjà 62 arrestations.
Le directeur général du Département des terres, Pornpot Penpat, a précisé que 12 sociétés étaient poursuivies pour propriété illégale, sur un total de 47 suspectées. Selon lui, 1 832 entreprises étrangères détiennent des terrains sur Koh Phangan, mais cela ne représente que 6 % des surfaces couvertes par des titres fonciers, soit une minorité par rapport aux craintes de « domination » étrangère. Les prises de parole alarmantes, parfois teintées de xénophobie, offrent aux ultranationalistes l’occasion de peser sur le débat.
Une présence étrangère massive
Les chiffres du Département du développement des affaires (DBD) dressent toutefois un constat frappant : 68 % des sociétés enregistrées à Koh Phangan et Koh Samui sont dirigées par des étrangers. Sur Koh Phangan, 3 213 entreprises sur 4 761 sont liées à des investisseurs étrangers. Les Israéliens arrivent en tête, suivis par les Français et les Britanniques.
Cette donnée illustre l’ampleur du phénomène : au-delà des villas de luxe, de nombreux secteurs économiques de l’île – tourisme, restauration, services – sont concernés. Pour les Français installés à Koh Phangan, souvent dans l’hôtellerie ou la restauration, la campagne de répression pourrait avoir des conséquences directes. Beaucoup craignent d’être assimilés aux réseaux illégaux alors qu’ils affirment respecter les règles locales et, surtout, sont partie prenante de la bonne santé économique de l’île.
Clarification sur la politique d’investissement
Anutin a également tenu à dissiper la confusion née d’une annonce gouvernementale le 12 mai. Un porte-parole adjoint avait laissé entendre que les étrangers pourraient désormais opérer sans licence. Le Premier ministre a rectifié : il s’agit uniquement de supprimer une procédure redondante auprès du ministère du Commerce, mais les autorisations sectorielles restent obligatoires. Il a présenté ses excuses pour cette communication maladroite et assuré que la réglementation n’était pas assouplie au point de permettre une « libéralisation totale ».
Entre ouverture et protection
Le gouvernement insiste sur la nécessité de trouver un équilibre : attirer les investissements étrangers dans certains secteurs stratégiques, tout en protégeant les ressources locales et les emplois des Thaïlandais. « Les étrangers doivent venir comme visiteurs heureux, pas pour prendre la place des habitants », a martelé Anutin.
Une surveillance renforcée
Les autorités promettent de poursuivre les enquêtes sur les sociétés suspectes, notamment celles utilisant des montages complexes de participations croisées. Des inspections plus strictes des titres fonciers sont prévues dans les provinces touristiques.
Pour les communautés locales, la crainte est double : voir l’île transformée par des projets immobiliers hors de prix, et constater une concurrence jugée déloyale dans les activités réservées aux Thaïlandais. Pour les expatriés français, nombreux à Koh Phangan, l’enjeu est de démontrer leur conformité légale.



