
Sur les îles de Koh Samui et Koh Phangan, la présence française ne se limite plus aux touristes ou aux retraités installés au bord de la mer. Elle s’étend désormais au cœur du tissu économique local. Selon les chiffres du Département du développement des affaires (DBD), près de 68 % des entreprises enregistrées sur ces deux îles comptent des actionnaires étrangers — un record national qui illustre à la fois l’attractivité de ces destinations et les tensions qu’elle suscite.
Le DBD a lancé fin avril une vaste opération de contrôle visant les sociétés suspectées de recourir à des prête-noms thaïlandais pour contourner les restrictions imposées aux étrangers par la loi sur les affaires. L’enquête révèle une concentration exceptionnelle d’investissements étrangers : 11 426 entreprises sur les deux îles, dont plus de 2 300 à capitaux français. À Koh Samui, les Français arrivent largement en tête avec 1 937 sociétés, devant les Britanniques et les Russes. À Koh Phangan, ils occupent la deuxième place avec 426 entreprises, juste derrière les investisseurs israéliens.

Les infographies sont réalisées par Thai Enquirer
Cette présence française, qui dépasse de loin celle observée dans d’autres provinces touristiques, témoigne d’un ancrage durable. Les entrepreneurs venus de France se sont implantés dans l’hôtellerie, la restauration, l’immobilier et les services, contribuant à façonner une économie insulaire cosmopolite. Mais cette vitalité s’accompagne d’un regard de plus en plus critique des autorités, qui redoutent des dérives liées aux montages juridiques opaques.
Le directeur général du DBD, Poonpong Naiyanapakorn, reconnaît que la politique d’ouverture aux investissements étrangers a longtemps privilégié la croissance et l’emploi plutôt que le contrôle des structures. Désormais, le ton a changé : les autorités parlent d’« économie criminelle » pour qualifier les sociétés qui utilisent des prête-noms afin de dissimuler une propriété étrangère réelle. Les sanctions prévues sont lourdes : jusqu’à trois ans de prison et un million de baht d’amende pour les contrevenants.
Les inspections menées à Koh Phangan ont déjà mis au jour des cas emblématiques : un cabinet comptable lié à 66 sociétés fantômes, ou encore un projet immobilier de luxe, Sitaya Beachfront Villa, soupçonné de contournement fiscal et de violation de la loi sur les affaires étrangères. À Koh Samui, plusieurs Thaïlandais ont été identifiés comme actionnaires de dizaines d’entreprises sans activité réelle.
Au-delà des irrégularités, cette enquête révèle surtout l’ampleur de la présence française dans l’économie locale. Dans la province de Surat Thani, qui englobe les deux îles, les Français représentent la première communauté d’investisseurs étrangers, devant les Britanniques et les Russes. Une situation qui reflète l’attrait durable de ces îles pour les entrepreneurs francophones, séduits par leur dynamisme touristique et leur cadre de vie. D’ailleurs, à ce stade des enquêtes, rien n’indique que certaines entreprises françaises soient en infraction.
Les autorités veulent désormais et à juste titre « rétablir une concurrence équitable ». Inviter les investisseurs étrangers à se conformer strictement à la loi est indispensable, mais une fermeture massive d’entreprises pourrait fragiliser l’économie locale. Si certains acteurs étrangers se comportent en véritables prédateurs, d’autres contribuent sincèrement au développement de villages ou de secteurs encore émergents qui n’auraient jamais vu le jour sans eux.



