
L’inflation repart à la hausse en Thaïlande. En avril 2026, l’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 2,89 % sur un an, son plus haut niveau depuis février 2023. En cause : la flambée des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient, qui se répercute directement sur les transports et les biens de consommation.
Le Trade Policy and Strategy Office (TPSO) du ministère du Commerce a indiqué que l’indice s’établissait à 103,03 en avril. Nantapong Chiralerspong, directeur du TPSO, a expliqué que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz avait provoqué une envolée des prix du pétrole et des produits pétrochimiques, entraînant une hausse des tarifs des bus, des billets d’avion et des produits alimentaires.
Dans le détail, la catégorie « non-alimentaire » a bondi de 4,14 %, portée par les carburants, les loyers et les frais de transport. Les prix des aliments et boissons non alcoolisées ont progressé de 0,98 %, avec des hausses sensibles sur le riz blanc, les œufs, le poulet, les légumes frais et les plats préparés. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et les produits frais, reste plus modérée à 0,83 %.
Les perspectives pour mai ne sont guère rassurantes : le TPSO prévoit une inflation de 3,06 %, toujours tirée par les coûts énergétiques et la répercussion des hausses de matières premières sur les prix finaux. Les repas simples, très populaires dans les cantines et marchés, pourraient grimper de 3 % dans le scénario optimiste, et jusqu’à 6 % si les prix du pétrole restent durablement élevés.
Les économistes s’inquiètent de cette accélération. Amonthep Chawla, de la CIMB Thai Bank, souligne que l’inflation d’avril est « anormalement élevée » et nécessite une surveillance mensuelle. Il alerte aussi sur le phénomène de shrinkflation : des produits vendus au même prix, mais en quantités réduites, une manière pour les entreprises d’absorber la hausse des coûts sans afficher de hausse directe. C’est une manière très utilisée pour flouer le consommateur.
Les grandes compagnies de transport et de distribution commencent à signaler des ajustements de prix. Les billets d’avion, les bus longue distance et les produits de grande consommation, comme le savon ou les boissons sont concernés. Les ménages ressentent déjà la pression sur leur pouvoir d’achat.
Le gouvernement tente de limiter la casse. Le projet Thai Helps Thai vise à réduire les charges des ménages, tandis que les tarifs de l’électricité ont été plafonnés pour les 200 premiers kilowattheures. Une restructuration des prix de l’énergie est prévue en juin pour contenir la facture.
Les prévisions du TPSO oscillent entre deux scénarios : une inflation annuelle de 1,5 à 2,5 % si les prix du pétrole se stabilisent rapidement, ou de 2,5 à 3,5 % si la flambée dure plus longtemps. Dans le pire des cas, l’inflation pourrait ponctuellement atteindre 4 à 5 % cette année.
Pour mémoire, une inflation largement supérieure à la croissance mène à la stagflation.
Pour Burin Adulwattana, du Kasikorn Research Centre, la situation reste préoccupante, mais pas dramatique : « Nous ne sommes pas au niveau de crise observé ailleurs, comme en Europe lors de la guerre en Ukraine, où l’inflation avait dépassé 6 %. »
La Thaïlande doit donc composer avec une inflation importée, largement dictée par les tensions géopolitiques. Si la hausse des prix pèse sur les ménages, elle ne traduit pas une surchauffe interne de l’économie. Reste à savoir si les mesures de soutien suffiront à préserver la confiance des consommateurs et à éviter que la hausse des coûts ne s’installe durablement.



