
Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul pensait avoir trouvé une parade face à la flambée des prix de l’énergie : un décret d’urgence autorisant le ministère des Finances à emprunter 400 milliards de bahts pour soutenir l’économie. Mais l’opposition s’organise et dénonce une manœuvre qui contourne le Parlement.
Le Parti démocrate, emmené par Korn Chatikavanij, estime que ce décret viole l’article 172 de la Constitution, réservé aux crises « inévitables ». Selon lui, le gouvernement dispose déjà d’outils budgétaires et d’emprunts existants. Avec seulement 21 députés, le parti cherche à rallier d’autres opposants pour atteindre le cinquième des sièges nécessaires à une saisine de la Cour constitutionnelle.
Le Parti populaire, principale force d’opposition, critique également le texte. Sa députée Sirikanya Tansakul juge acceptable la première tranche de 200 milliards, destinée au soutien immédiat des ménages et des PME, mais refuse la seconde moitié consacrée à la transition énergétique. « Ce n’est pas une urgence, cela doit passer par une loi normale », insiste-t-elle.
Face à ces critiques, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, défend le plan. Il assure que la transition vers les énergies propres réduira les coûts à long terme et qu’il est impossible d’attendre la fin de la crise. Le gouvernement prévoit un gain de croissance de 0,8 % et une inflation limitée à 1,5 % en 2027.
La justification officielle repose sur la guerre au Moyen-Orient, qui a fait grimper les prix mondiaux du pétrole et du gaz, entraînant une hausse des coûts alimentaires et une pression accrue sur les ménages. Anutin affirme vouloir éviter la stagflation et protéger les plus vulnérables. La moitié des fonds doit financer des aides directes, l’autre moitié la restructuration énergétique.
Le décret, composé de 11 articles, sera soumis au Parlement mi-mai. Une commission du ministère des Finances examinera les projets avant validation par le Cabinet, avec un calendrier de décaissement jusqu’en septembre 2027. Tout l’emprunt sera réalisé sur le marché domestique, où la liquidité dépasse 1 000 milliards de bahts, garantissant des taux d’intérêt bas.
Les mesures incluent le programme « Thai Help Thai Plus », qui prolonge les aides existantes, comme le « Half-Price Plus » et les cartes d’aide sociale. Plus de 20 millions de personnes à faibles revenus devraient en bénéficier dès juin.
Mais l’opposition redoute un « chèque en blanc » et une dérive de la dette publique, déjà à 66,4 % du PIB. Si le plafond de 70 % n’est pas encore franchi, certains craignent qu’il le soit dès 2027.
La bataille s’annonce donc politique autant qu’économique : entre un gouvernement qui brandit l’urgence et une opposition qui réclame transparence et contrôle parlementaire. Le verdict de la Cour constitutionnelle pourrait devenir décisif dans ce bras de fer.



