
La publication du rapport spécial 301 de 2026 par l’Office of the United States Trade Representative (USTR) illustre une relation complexe entre Washington et Bangkok, faite à la fois de reconnaissance des progrès et de pressions pour accélérer les réformes. La Thaïlande reste inscrite sur la Watch List américaine, aux côtés de 18 autres partenaires commerciaux, malgré des avancées notables dans la lutte contre les violations de droits de propriété intellectuelle (PI).
Reconnaissance des progrès thaïlandais
Les États-Unis saluent les efforts du gouvernement thaïlandais pour renforcer la protection de la PI. Les autorités locales ont multiplié les opérations de saisie, avec plus de 1,3 million d’articles contrefaits confisqués entre octobre 2025 et mars 2026, représentant un préjudice économique estimé à 2,3 milliards de bahts. Le Département de la propriété intellectuelle a également modernisé ses procédures, adopté des technologies pour l’enregistrement et révisé les lois sur la rémunération équitable des œuvres protégées.
Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie visant à améliorer la crédibilité de la Thaïlande auprès des investisseurs internationaux et à stimuler l’innovation nationale. Le pays prépare par ailleurs son adhésion à des traités clés, tels que le WIPO Performances and Phonograms Treaty et l’Accord de La Haye sur l’enregistrement international des dessins industriels.
Pressions américaines pour accélérer les réformes
Malgré ces avancées, Washington insiste sur la nécessité d’aller plus vite. Les États-Unis demandent à la Thaïlande d’achever rapidement les amendements législatifs nécessaires pour rejoindre les accords internationaux. Ils exhortent également Bangkok à intensifier la répression contre la vente de biens contrefaits, notamment en ligne, et à s’attaquer aux retards dans le traitement des brevets, en particulier dans le secteur pharmaceutique.
Le rapport souligne aussi des problèmes persistants : utilisation de logiciels piratés, fausses revendications de droits de collecte de redevances, et piratage de contenus via des applications de téléchargement illégal.
Une coopération élargie au-delà de la PI
La relation bilatérale ne se limite pas à la propriété intellectuelle. Les États-Unis et la Thaïlande renforcent leur coopération dans la lutte contre la criminalité transnationale. En avril, des discussions à Washington ont porté sur le partage de renseignements et les opérations conjointes contre les réseaux de scams et de traite humaine. Les pertes américaines liées à ces escroqueries ont dépassé 6 milliards de dollars en 2025, ce qui pousse Washington à intensifier son partenariat avec Bangkok.
La Thaïlande a déjà saisi plus de 20 milliards de bahts d’actifs liés à ces réseaux et démantelé une vaste opération à la frontière cambodgienne. Plus de 10 000 victimes ont été libérées. Le lancement du système SHIELD en juin, reliant une dizaine de pays, illustre cette coopération technologique et policière.
Influence américaine et enjeux pour la Thaïlande
L’inscription persistante de la Thaïlande sur la Watch List reflète une stratégie américaine mêlant encouragement et pression.
Pour la Thaïlande, l’enjeu est double :
- Économique, en sécurisant un environnement favorable aux investissements et à l’innovation.
- Diplomatique, en montrant sa capacité à coopérer avec les États-Unis sur des dossiers sensibles allant de la PI à la criminalité transnationale.
En somme, la relation entre les deux pays illustre une dynamique où la coopération s’accompagne d’une influence américaine marquée, orientée vers la réforme législative et le renforcement des capacités institutionnelles. La Thaïlande cherche à transformer cette pression en opportunité pour améliorer sa compétitivité et son image internationale.



