
Bangkok – Ce vendredi 1er mai 2026, la Journée internationale des travailleurs a pris des allures de démonstration de force à Bangkok. Dès huit heures du matin, environ 400 personnes – un chiffre modeste comparé aux mobilisations massives observées dans d’autres pays – se sont rassemblées au monument de la Démocratie avant de marcher vers le siège du gouvernement. Sous une chaleur étouffante, ouvriers, retraités, chauffeurs de moto‑taxi et syndicats du secteur public ont uni leurs voix pour réclamer des réformes profondes.
Neuf revendications majeures
La Confédération de solidarité des travailleurs thaïlandais (SSTT) et la Confédération des entreprises publiques (Soros) ont présenté neuf demandes au gouvernement :
- relever le salaire minimum à 712 bahts par jour,
- réformer le système de sécurité sociale,
- mettre fin aux contrats précaires et à la privatisation des entreprises publiques,
- interdire l’amiante,
- ratifier rapidement les conventions 87 et 98 de l’OIT sur la liberté syndicale et la négociation collective,
- traiter sérieusement la pollution de l’air et classer les vagues de chaleur extrême comme catastrophe publique,
- instaurer une politique claire pour la gestion des travailleurs migrants.
Ces revendications traduisent une inquiétude croissante face au coût de la vie et à la fragilité des protections sociales.
Une mobilisation symbolique
Les slogans dénonçaient « l’injustice sociale » et appelaient à « l’unité des travailleurs contre le capitalisme mondial ». Les pancartes exigeaient l’égalité des droits et la reconnaissance du rôle des travailleurs dans l’économie nationale. La marche s’est conclue au siège du gouvernement, où les représentants syndicaux ont remis leurs demandes.
Parallèlement, sept candidats ont été présentés pour les élections au Conseil de la Sécurité sociale, avec des propositions visant à garantir une pension équitable et à protéger les droits des assurés.
La réponse prudente du gouvernement
À 9 h 45, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a adressé ses vœux aux travailleurs, exprimant son « appréciation » et souhaitant « santé et sécurité ». Interrogé sur la hausse du salaire minimum, il a répondu que « tout doit être fondé sur la raison », laissant planer le doute sur une réponse rapide aux revendications.
Dix ans de stagnation salariale
Une étude de Bnomics, unité de recherche de Bangkok Bank, souligne que le salaire minimum en Thaïlande n’a progressé que de 1,7 % par an en moyenne au cours de la dernière décennie. Une hausse trop faible pour compenser l’augmentation constante des prix de l’alimentation, du logement et des transports. Résultat : les travailleurs voient leur pouvoir d’achat s’éroder et leurs revenus réels stagner. Les Bangkokiens s’appauvrissent s’ils sont locataires de leurs logements dont les prix ont explosé.
Le salaire minimum fixé à 300 bahts en 2012 a longtemps servi de référence, mais son impact s’est progressivement réduit. Les ajustements successifs n’ont permis que de suivre la hausse des coûts, sans améliorer réellement le niveau de vie. Pour beaucoup, la promesse d’une sécurité économique reste hors de portée.
Ce 1er mai 2026 illustre la fracture entre les attentes des travailleurs et la prudence du gouvernement. Les syndicats réclament un salaire minimum de 712 bahts et des réformes structurelles, tandis que l’establishment économique ne jure que par le statu quo.



