Abhisit se plaint de l'absence des ministres à la Chambre
Bangkok – L’affaire du stockage illégal de carburant prend une tournure politique. Jeudi, lors d’une séance de la Chambre des représentants, le chef de l’opposition Natthaphong Ruengpanyawut a interpellé directement le Premier ministre Anutin Chanvirakul sur ses éventuels liens avec un homme d’affaires connu sous le surnom de « Sia Tue ».
Un réseau soupçonné de crime transnational
Selon M. Natthaphong, les irrégularités découvertes dans plusieurs dépôts de pétrole pourraient être liées à des réseaux de « grey capital » ou « mafia », impliqués dans des opérations frauduleuses et des activités criminelles transnationales. Il a rappelé qu’une enquête en cours dans la province d’Ang Thong vise précisément des stockages suspects attribués à « Sia Tue ».
Le député a également évoqué un précédent : l’ancien vice‑ministre des Finances Vorapak Thanyawong avait dû démissionner après des révélations sur ses liens avec Benjamin Mauerberger, alias Ben Smith. Pour l’opposition, la situation actuelle mérite la même transparence.
Le ministre des Transports dans la ligne de mire
Le débat a pris une dimension supplémentaire lorsque M. Natthaphong a demandé si le Premier ministre comptait agir contre le ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn. Ce dernier a reconnu publiquement connaître « Sia Tue ». Or, c’est lui qu’Anutin avait chargé de gérer la crise pétrolière.
Mais M. Phiphat n’était pas présent à la séance. Il a délégué la réponse à son adjoint, Siripong Angkasakulkiat. L’opposition a contesté cette substitution, estimant que l’affaire exige des réponses directes du Premier ministre ou du ministre concerné. Le président de la Chambre, Sophon Zarum, a toutefois jugé la délégation conforme au règlement, tout en enregistrant l’objection de l’opposition.
Des dépôts sous surveillance
Les investigations menées récemment dans la province de Phetchaburi ont mis au jour des anomalies : pipelines interconnectés, contrôles qui se chevauchent entre les douanes et l’administration fiscale, procédures de scellement douteuses. Ces éléments renforcent les soupçons d’un système organisé de stockage illégal destiné à manipuler le marché.
Une affaire qui s’installe dans le débat politique
Face aux accusations, le vice‑ministre Siripong a répondu que le dossier ne relevait pas directement de son ministère, mais qu’il transmettrait les préoccupations au Premier ministre. Une réponse jugée insuffisante par l’opposition, qui entend maintenir la pression.
Pour Natthaphong Ruengpanyawut, l’affaire « Sia Tue » n’est pas seulement une question de fraude économique : elle illustre la porosité entre certains milieux d’affaires délinquants et le pouvoir politique. En exigeant des explications publiques, l’opposition veut placer Anutin Chanvirakul face à ses responsabilités et tester sa volonté de lutter réellement contre les réseaux criminels.
Abhisit Vejjajiva, le leader du Parti démocrate, est intervenu vivement à la Chambre pour dénoncer l’absence répétée du Premier ministre et des ministres lors des séances de questions orales. Selon lui, la Constitution et le règlement de l’Assemblée exigent que les responsables viennent répondre eux‑mêmes, sauf cas de force majeure dûment justifié par écrit. Il a reproché au président de la Chambre de tolérer des délégations sans explication claire, ce qui revient à encourager les ministres à « fuir le Parlement ». Abhisit a demandé plus de transparence : que les motifs d’absence soient précisés et documentés, afin que les députés et l’opinion puissent juger si ces absences sont réellement incontournables.



