Kriengkrai Thiennukul, président de la Fédération des industries thaïlandaises
Bangkok — Les petites et moyennes entreprises thaïlandaises (PME) traversent une période critique. Confrontées à la flambée des coûts de l’énergie et à un accès limité au financement, nombre d’entre elles se disent proches de la faillite. Une enquête de l’Office of Small and Medium Enterprises Promotion (OSMEP) révèle que 96,7 % des PME ont été affectées par le conflit au Moyen‑Orient, dont plus de la moitié de manière « modérée à sévère ».
Des trésoreries exsangues
Selon l’étude, 21,3 % des PME ne peuvent survivre plus de trois mois, tandis que 59,1 % n’ont qu’une marge de 3 à 6 mois. Seules 4,5 % disposent d’une visibilité supérieure à un an. Cette fragilité reflète la dépendance de l’économie de proximité aux facteurs externes, notamment les prix du pétrole et du gaz.
Sangchai Theerakulvanich, président de la Fédération des PME thaïlandaises, parle d’une « crise à plusieurs niveaux » où se combinent tensions géopolitiques, ralentissement de la demande et concurrence accrue. Les petites structures, incapables de répercuter la hausse des coûts sur leurs prix, sont les plus vulnérables. Beaucoup dépendent de financements informels, faute d’accès au crédit bancaire.
Conflit au Moyen‑Orient et choc énergétique
Depuis l’attaque américano‑israélienne contre l’Iran le 28 février, les marchés mondiaux sont bouleversés. La fermeture partielle du détroit d’Hormuz, par où transitent près de 20 % du pétrole mondial, a propulsé les cours à des niveaux record. Le baril de kérosène a atteint jusqu’à 240 dollars, soit trois fois plus qu’avant la crise.
L’Asian Development Bank (ADB) a révisé ses prévisions : la croissance en Asie en développement devrait ralentir à 5,1 % en 2026 et 2027, contre 5,4 % auparavant. L’inflation est attendue à 3,6 % en 2026, accentuant la pression sur les ménages et les entreprises.
Fermetures d’usines et licenciements
Kriengkrai Thiennukul, président de la Fédération des industries thaïlandaises, alerte sur les fermetures progressives d’usines. Les secteurs les plus touchés sont ceux dépendant de matières premières importées, comme les plastiques ou les métaux. Les coûts explosent, la demande faiblit, et les entreprises hésitent à augmenter leurs prix dans un marché déjà fragile.
Des milliers de travailleurs ont déjà perdu leur emploi. Les grandes industries, énergivores, sont elles aussi sous pression. Kriengkrai prévient : si les attaques s’étendent aux infrastructures pétrolières ou électriques, les prix pourraient rester élevés pendant des mois, même après la fin des hostilités.
Transport aérien et tourisme en difficulté
Le secteur aérien n’est pas épargné. Thai Airways a réduit ses vols de 5 % en mai, soit environ 46 liaisons quotidiennes, malgré une couverture de 50 % de ses besoins en carburant. Les surcharges de carburant et la hausse des billets risquent de peser sur la demande.
Le tourisme, pilier de l’économie, enregistre une baisse des réservations de 20 à 30 % pour les deuxième et troisième trimestres. Les marchés européens, notamment germanophones, sont les plus affectés, avec une chute allant jusqu’à 70 %. La hausse des tarifs aériens et la réduction des vols découragent les voyageurs.
Un appel à la réforme
Face à cette situation, la Fédération des PME propose une stratégie en cinq axes : restructuration équitable de l’économie, prix de l’énergie plus justes, accès élargi au financement, développement des compétences et réforme réglementaire. « La Thaïlande a besoin d’une transformation rapide et massive pour relancer son économie », insiste Sangchai. Le gouvernement actuel penche plutôt vers le statu quo en toutes matières, ainsi on ne sait pas si la Fédération sera entendue.



