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Bangkok – Les derniers sondages dressent un constat inquiétant : la majorité des ménages thaïlandais vivent sous une pression financière croissante, avec des niveaux d’endettement qui atteignent des records et une confiance en l’avenir qui s’effrite.
Des foyers au bord de la rupture
Selon une enquête menée fin avril par l’Institute of Future Studies for Development, 88 % des répondants déclarent subir un stress financier, allant de simples difficultés à une incapacité totale à faire face. Seuls 11 % affirment maintenir un niveau de vie normal. La fragilité est telle que près de 79 % des ménages ne pourraient survivre plus de six mois sans revenus, et un tiers à peine un mois.
Face aux chocs, la majorité des familles comptent sur elles-mêmes ou leurs proches, tandis que seulement 3 % envisageraient de recourir en priorité à l’aide de l’État. Cette défiance traduit un manque de confiance dans les mécanismes publics de soutien.
Endettement généralisé
Les chiffres publiés par le Trade Policy and Strategy Office confirment la tendance : début 2026, 62 % des Thaïlandais étaient endettés, contre 51 % un an plus tôt. La hausse du coût de la vie pousse les ménages à emprunter pour leurs dépenses quotidiennes. Les plus vulnérables sont les travailleurs à bas revenus : 98 % d’entre eux ont des dettes et près de 80 % n’ont aucune épargne.
Les emprunts se multiplient via les banques, les cartes de crédit, mais aussi les prêts en ligne, en forte croissance chez les jeunes et les étudiants. Plus de 30 % des moins de 20 ans et des étudiants y ont recours, accentuant les risques de surendettement.
Tous les groupes touchés
L’endettement ne se limite pas aux bas revenus. Les salariés de l’État, les agriculteurs et les indépendants affichent des taux de dette supérieurs à 80 %. Même les hauts revenus ne sont pas épargnés : ceux qui gagnent plus de 50 000 bahts par mois sont souvent endettés, profitant d’un accès facile au crédit pour acheter maisons et voitures.
Chez les plus modestes, en revanche, les emprunts servent surtout à payer nourriture, transport et factures. Le cycle de la dette devient difficile à briser : les ménages empruntent pour rembourser leurs dettes existantes, sans parvenir à dégager de marges.
Stress et santé en danger
Au-delà des chiffres, la crise affecte le bien-être. 98 % des sondés craignent des impacts sur leur santé mentale et physique, leurs relations familiales et leurs perspectives d’avenir. Plus de 90 % estiment que “travailler dur ne garantit plus une vie meilleure”, signe d’une perte de confiance dans la mobilité sociale.
Une bombe à retardement
Avec une dette moyenne de près de 500 000 bahts par foyer chez les bas revenus, et des remboursements mensuels dépassant parfois 18 000 bahts, la situation devient insoutenable. Sans hausse des revenus ni baisse du coût de la vie, les ajustements individuels (réduction des dépenses, vente d’actifs, déménagement chez des proches) ne suffiront pas.
Les experts alertent : si la dette des ménages continue de croître, elle pourrait se transformer en “bombe à retardement” pour l’économie thaïlandaise, menaçant la stabilité à long terme. Les solutions devront être systémiques : augmenter les revenus, alléger les charges, renforcer l’éducation financière et cibler les aides vers les plus fragiles.



