Karndee
Bangkok – Les chiffres sont alarmants : méthamphétamine, cannabis et kratom restent les principaux moteurs de la consommation de drogues chez les jeunes, avec une explosion des troubles psychiatriques liés à ces substances. Selon des données présentées cette semaine, 77,44 % des plaintes de santé mentale sont désormais associées à l’usage de drogues.
Une jeunesse fragilisée
Lors d’un forum organisé par la Substance Abuse Academic Foundation et la Thai Health Promotion Foundation (ThaiHealth), les experts ont rappelé que la Thaïlande avait enregistré en deux ans 381 656 patients souffrant de troubles mentaux liés à la drogue, soit près de 40 % des personnes en traitement. Parallèlement, plus de 533 000 patients psychiatriques ont reconnu un passé de consommation.
Le prix dérisoire de la méthamphétamine – entre 30 et 50 bahts la pilule, l’équivalent d’un repas – rend la drogue accessible à tous. « La situation reflète des problèmes sociaux plus profonds », a averti Pittaya Jinawat, membre du conseil de ThaiHealth, appelant à une coopération entre l’État et la société civile.
Mélanges dangereux et nouvelles pratiques
Autre tendance inquiétante : les jeunes combinent drogues de synthèse et médicaments courants (antalgiques, antihistaminiques, sirops contre la toux), souvent achetés en ligne. « Ce comportement affecte le système nerveux et accroît le risque de troubles psychiatriques », a expliqué Watcharapong Chumchuen, directeur de la fondation, soulignant que la répression policière ne suffit pas.
La force des communautés locales
Des initiatives locales montrent pourtant qu’un changement est possible. À Ban Yang Nom, dans la province d’Ayutthaya, la cheffe de village Pimolpan Chaloeyart a raconté comment son quartier, autrefois stigmatisé comme un repaire de drogue et de criminalité, s’est transformé grâce à l’action collective. Parents et leaders communautaires ont uni leurs forces pour surveiller, prévenir et accompagner les jeunes en difficulté.
L’alerte politique
Au Parlement, la députée démocrate Karndee Leopairote a tiré la sonnette d’alarme le 6 mai. Citant le suicide de deux anciens camarades de classe de sa fille, elle a dénoncé une crise structurelle : 26,9 % des 18-24 ans souffrent de dépression, et 17,6 % des lycéens ont sérieusement envisagé de mettre fin à leurs jours.
Elle propose trois mesures : renforcer les politiques de santé mentale au-delà des accords de principe, financer davantage de psychologues et conseillers scolaires, et réduire la stigmatisation sociale. « Les souffrances des jeunes ne sont plus un problème individuel mais une urgence nationale », a-t-elle insisté.
Une urgence nationale
Alors que mai est le Mois de la santé mentale en Thaïlande, les appels se multiplient pour que les ministères concernés agissent rapidement. Entre drogues bon marché, pressions scolaires, réseaux sociaux et difficultés économiques, la jeunesse thaïlandaise se retrouve au cœur d’une crise sanitaire et sociale que le pays ne peut plus ignorer.



