
Le 5 mai, le gouvernement dirigé par le parti Bhumjaithai a décidé de ne pas reprendre le projet de loi de réforme constitutionnelle, qui avait été interrompu en décembre 2025 lors de la dissolution de la Chambre des représentants. Autrement dit, ce texte, qui visait à modifier la Constitution et dont l’examen parlementaire était en cours, ne sera pas réinscrit à l’ordre du jour. Une décision qui suscite de vives critiques, alors que plus de 21,6 millions de citoyens s’étaient prononcés en faveur d’une nouvelle Constitution lors du référendum du 8 février dernier.
Un projet abandonné
Le texte, qui visait à modifier le processus d’amendement et à créer une assemblée constituante, avait franchi une première étape en octobre 2025 grâce aux propositions du Bhumjaithai et du Parti populaire. Mais en décembre, lors de la deuxième lecture, le comité ad hoc avait retiré le projet pour ajustements, après le rejet d’une disposition clé. Cette mesure visait à assouplir la procédure en supprimant l’obligation d’obtenir le soutien d’un tiers des sénateurs, pour la remplacer par un vote à la majorité simple lors des sessions conjointes du Parlement. Le lendemain, la Chambre était dissoute.
Dans sa résolution du 5 mai, le Cabinet a choisi de restaurer 31 projets de loi en suspens, mais pas celui sur la Constitution. Selon Paradorn Prissananantakul, ministre auprès du Premier ministre, il revient au nouveau Parlement de proposer un texte. Il estime que les divergences passées rendent improbable l’adoption d’un projet similaire.
L’opposition dénonce un manque de sincérité
Le Parti populaire accuse le gouvernement de trahir le mandat populaire. Son député Parit Wacharasindhu a écrit sur Facebook que refuser de restaurer le projet démontre « l’insincérité » du Cabinet. Il rappelle que les réformes constitutionnelles peuvent être menées en parallèle des mesures économiques, et que l’argument de la priorité donnée à l’économie est fallacieux. Il y aura toujours des sujets que le gouvernement pourra considérer comme « prioritaires ».
Parit souligne que le référendum de février, approuvé par 58,64 % des votants, a montré un consensus social sur la refonte complète de la Constitution de 2017, jugée trop verrouillée. Il cite les controverses récentes autour de plusieurs institutions « indépendantes » – Commission électorale, Bureau de l’auditeur général, Commission anticorruption – qui, dans les faits, dirigent la Thaïlande, pour illustrer la défiance croissante.
Un coût politique et financier
L’ancien commissaire électoral Somchai Srisutthiyakorn a lui aussi critiqué la décision, rappelant que le référendum avait coûté 8,9 milliards de bahts. Abandonner le processus reviendrait à gaspiller cette dépense et à repousser de deux ans l’éventuelle adoption d’une nouvelle Constitution.
Un engagement oublié
La réforme constitutionnelle figurait dans les déclarations de politique générale depuis les élections de 2023. Lors de son premier mandat en septembre 2025, Anutin Charnvirakul avait explicitement promis de s’attaquer à ce dossier. Mais dans la déclaration d’avril 2026, au début de son second mandat, la réforme n’apparaît plus que comme une tâche accomplie, sans engagement futur.
Le Parti populaire rappelle pourtant que son soutien à Anutin pour devenir Premier ministre reposait sur un protocole d’accord incluant la réforme de la Constitution. Aujourd’hui, l’opposition estime que cet accord est bafoué. Le Parti populaire s’est montré d’une ingénuité politique confondante en accordant sa confiance au Bhumjaithai, rompu depuis longtemps aux manœuvres et aux calculs parlementaires. Ce n’est guère une surprise : Anutin a, à maintes reprises, affiché son attachement au sacro‑saint statu quo.
Une réforme en suspens
En refusant de restaurer le projet, le gouvernement reporte toute initiative à la prochaine session parlementaire. Les députés ne pourront pas déposer un texte similaire d’ici là. Pour les défenseurs de la réforme, c’est un signal inquiétant : malgré un vote massif en faveur du changement, la Constitution de 2017 reste intacte.
La controverse illustre une fracture persistante : entre un exécutif qui invoque l’urgence économique et une opposition qui brandit la légitimité populaire.



