Chiang Rai, récemment
BANGKOK – Le Département météorologique thaïlandais a placé 33 provinces en alerte aux pluies fortes ce mardi 18 août. Des orages couvrant jusqu’à 60 % de certaines régions, dont Bangkok et ses alentours, sont attendus. Les autorités préviennent que les précipitations pourraient provoquer crues soudaines, glissements de terrain et débordements de rivières.
39 provinces sous surveillance
Le Département de prévention et de lutte contre les catastrophes (DDPM) a étendu l’alerte à 39 provinces du Nord, du Nord‑Est et du Centre, où les pluies risquent d’être particulièrement violentes entre le 18 et le 21 août. Les zones montagneuses et les plaines proches des cours d’eau sont jugées les plus vulnérables. Dans le Sud, Ranong, Phang Nga et Phuket doivent aussi se préparer à des vagues de plus de trois mètres. Les autorités locales ont reçu l’ordre de préparer des abris temporaires et d’accélérer le drainage dans les zones à risque.
Des pluies qui n’effacent pas la sécheresse
Paradoxalement, alors que les habitants se préparent aux inondations, la Thaïlande reste confrontée à une sécheresse sévère liée au phénomène Super El Niño. Dans la province de Nakhon Ratchasima, Mme Muay Singkhon, une agricultrice de 67 ans, raconte avoir dû semer son riz à trois reprises faute d’eau suffisante. « J’ai planté du riz jasmin sur sept rai, mais presque toutes les graines ont séché. Je ne sais plus quoi faire », confie‑t‑elle.
Depuis près d’un mois, les pluies se font rares dans son district de Sikhiu. Les canaux naturels sont trop bas pour pomper de l’eau, et les opérations d’ensemencement artificiel menées par le gouvernement n’ont pas apporté de résultats tangibles. Muay espérait récolter assez de riz pour nourrir sa famille et vendre le surplus, mais elle craint désormais de ne récolter que de quoi survivre. Elle appelle les autorités à intensifier les pluies artificielles et à réduire le coût des intrants agricoles, toujours très élevé.
Une double crise hydrique
Cette situation illustre le dilemme auquel la Thaïlande est confrontée : gérer simultanément les excès d’eau et le manque chronique. Les pluies de mousson, souvent violentes et concentrées, provoquent des inondations mais ne suffisent pas à reconstituer durablement les réserves. Les barrages du bassin du Chao Phraya affichent de bas niveaux préoccupants, et les zones industrielles comme l’Eastern Economic Corridor (EEC) craignent de manquer d’eau, notamment pour les data‑centers et les usines.
Vigilance et adaptation
Les autorités insistent sur la nécessité de rester attentif aux consignes officielles. Les habitants des plaines et des berges sont invités à surélever leurs biens et à surveiller les enfants et les personnes âgées. Les plaisanciers doivent éviter les zones orageuses, et les touristes sont priés de ne pas s’aventurer dans les grottes ou les cascades en cas de fortes pluies.
À long terme, les experts estiment que la Thaïlande doit investir massivement dans ses infrastructures hydriques pour réduire sa vulnérabilité. Sans gestion efficace, le pays risque de voir ses crises hydriques s’aggraver, entre inondations destructrices et sécheresses prolongées.



