
Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a déclenché une nouvelle polémique jeudi 17 septembre en déclarant : « Si vous devez mourir, mourez dans votre propre pays. Vous n’avez pas besoin de mourir ici. » Des mots crus, prononcés lors d’un briefing au ministère de l’Intérieur, alors qu’il évoquait des demandes d’étrangers souhaitant établir des cimetières privés en Thaïlande.
Cette sortie intervient après la fermeture d’un cimetière juif non autorisé dans la province de Chachoengsao, où quatre ressortissants étrangers, dont au moins trois Israéliens, avaient été enterrés. Les dépouilles ont été transférées vers un cimetière agréé à Chonburi. Anutin n’a pas précisé l’identité des demandeurs d’un nouveau site funéraire, mais son ton a marqué les esprits.
Ce n’est pas la première fois que le chef du gouvernement s’en prend aux étrangers. Déjà en 2020, lorsqu’il était ministre de la Santé, il avait fustigé les touristes occidentaux refusant de porter un masque, allant jusqu’à réclamer leur expulsion. Un post attribué à son entourage décrivait alors les farang comme « sales » et « mal habillés », bien qu’il ait nié en être l’auteur.
Jeudi, Anutin a répété que les étrangers étaient « les bienvenus » s’ils respectaient les lois et ne profitaient pas des Thaïlandais. Mais il a ordonné aux gouverneurs de Phuket, Surat Thani et d’autres provinces de renforcer les contrôles : expulsions immédiates des contrevenants, fermeture des sites religieux non autorisés, enquêtes sur les étrangers utilisant des prête‑noms pour acquérir des terres ou lancer des affaires illégales.
Le Premier ministre a également critiqué des établissements enregistrés comme restaurants mais abritant en réalité des lieux de culte, visant ainsi clairement un espace israélien à Pai. Il a signé un ordre ministériel facilitant les expulsions, exhortant les autorités locales à ne pas retarder les procédures pour des questions de coûts de billets d’avion. « Si leur conduite est indésirable, il n’y a qu’une option : partir. »
Ces propos surviennent alors que l’Autorité du tourisme de Thaïlande tente de relancer les arrivées internationales. Le contraste est saisissant : d’un côté, une stratégie d’ouverture pour attirer visiteurs et investisseurs ; de l’autre, un Premier ministre dont les déclarations abruptes risquent de refroidir des étrangers qui espéraient arriver dans un pays réputé hospitalier.
Au‑delà de l’épisode des cimetières, cette rhétorique s’inscrit dans une tendance plus large : une dérive nationaliste qui oppose « vrais Thaïlandais » et étrangers perçus comme une menace. En multipliant les phrases chocs, Anutin flatte un électorat conservateur inquiet des influences extérieures, mais prend le risque d’alimenter un climat de méfiance et de xénophobie.
La Thaïlande, dont l’économie dépend largement du tourisme et des investissements étrangers, pourrait payer cher cette posture. Car si les lois doivent être respectées, les invectives du Premier ministre donnent l’impression d’un pays qui ferme ses portes, au moment même où il cherche à les rouvrir.
Le nombre d’étrangers posant réellement problème en Thaïlande reste marginal : quelques Israéliens, un groupe de jeunes Français turbulents, quelques buveurs britanniques ou encore des membres de réseaux chinois ne représentent en rien une menace de masse.
Pourtant, le Premier ministre ouvre, de manière abrupte, un débat sensible : que faire des étrangers qui s’installent durablement en Thaïlande et deviennent dépendants, grabataires ou atteints de maladies comme Alzheimer ? Le pays n’a pas vocation à assumer seul ce type de prise en charge. Ce ne sont pas les sépultures dans les cimetières qui posent problème, mais bien la question des résidents en fin de vie qui n’ont pas anticipé cette étape de leur existence.
La posture nationaliste du gouvernement a déjà conduit à certains ajustements concernant les conditions de séjour des étrangers en Thaïlande. Reste à savoir si les dernières déclarations du Premier ministre Anutin Charnvirakul se traduiront, ou non, par de nouvelles dispositions législatives.



