Call center criminel en plein Bangkok
La Thaïlande se retrouve une nouvelle fois sous les projecteurs internationaux, accusée de servir de terre d’accueil à des réseaux de fraude et de blanchiment, comme la Birmanie et le Cambodge. L’ancien vice‑ministre des Finances Vorapak Tanyawong figure parmi les 26 personnes et deux sociétés visées par une demande de sanctions émanant de parlementaires américains. À leurs yeux, Bangkok n’agit pas assez vite contre les escroqueries transnationales qui siphonnent des milliards de dollars.
Au cœur du dossier, le Sud‑Africain Benjamin Mauerberger, ancien résident de Thaïlande, soupçonné d’avoir blanchi des sommes colossales issues de centres d’appels frauduleux basés au Cambodge. Recherché par la justice thaïlandaise pour fraude et blanchiment, il aurait trouvé refuge à Dubaï. Les élus américains réclament désormais l’application du Global Magnitsky Act, outil juridique permettant de sanctionner des individus impliqués dans des violations graves ou des réseaux criminels.
Vorapak, qui avait démissionné en octobre 2025 après des soupçons de transactions douteuses liées à la société Finansia X, nie toute implication et a porté plainte en diffamation contre un journaliste d’investigation. Mais l’affaire dépasse les querelles personnelles : elle met en lumière l’ampleur des réseaux mafieux qui prospèrent dans la région.
Le député démocrate Korn Chatikavanij a exhorté les autorités thaïlandaises à accélérer leurs enquêtes. Selon lui, laisser Washington agir à la place de Bangkok ternit l’image du pays et alimente les soupçons de protection politique. « Si nos propres investigations stagnent, cela reflète mal notre compétence », a‑t‑il déclaré, soulignant que la confiance dans le système financier et judiciaire est en jeu.
Les conséquences ne se limitent pas aux victimes américaines. Des centaines de milliers de Thaïlandais ont été dupés par ces arnaques en ligne, souvent orchestrées depuis des call‑centers clandestins. Ces structures, installées dans des villas ou des immeubles discrets, ciblent aussi le Japon, l’Europe ou l’Australie.
Mercredi 16 septembre, la police thaïlandaise a ainsi démantelé un centre d’escroquerie en plein Bangkok, où 15 suspects — dont des Japonais, Chinois, Taïwanais et un Thaïlandais — se faisaient passer pour des policiers nippons. Scripts en japonais, uniformes factices et insignes falsifiés ont été saisis, ainsi que des ordinateurs et de la méthamphétamine. Le stratagème consistait à convaincre les victimes qu’elles étaient impliquées dans des envois illégaux, avant de leur soutirer de l’argent.
Le décor et la mise en scène rappellent en tout point ce que l’armée thaïlandaise avait découvert à O’Smach, au Cambodge, dans un ancien casino reconverti en centre d’appels frauduleux. Bangkok affirme désormais avoir franchi la frontière pour lutter contre ces réseaux de call centers. À ce jour, les militaires thaïlandais occupent toujours ces positions.
Ces affaires illustrent une réalité dérangeante : la Thaïlande n’est pas seulement une victime collatérale des mafias régionales, elle est aussi un terrain d’opération. Les réseaux exploitent les failles administratives, les prête‑noms pour louer des propriétés ou créer des sociétés écrans, et parfois des complicités locales.
Alors que le gouvernement met en avant l’attractivité touristique et économique du pays, ces affaires rappellent que la montée des réseaux de fraude numérique pèse sur l’image de la Thaïlande. Les déclarations du Premier ministre Anutin Charnvirakul à l’égard des étrangers apparaissent en décalage avec l’enjeu principal : ce ne sont pas seulement quelques comportements individuels qui posent problème, mais des organisations criminelles bien structurées qui utilisent le territoire comme base d’opérations.
Pour beaucoup, l’heure est venue de passer des discours aux actes. Car si les États‑Unis imposent leurs propres sanctions, c’est bien la crédibilité de la Thaïlande qui est en jeu.



