
Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a été reçu lundi soir à l’Élysée par le président français Emmanuel Macron. Autour d’un dîner officiel, les deux dirigeants ont affiché leur volonté de renforcer les relations bilatérales et de les hisser au rang de partenariat stratégique.
Commerce et investissements
Les discussions ont porté sur l’élargissement des échanges économiques. Paris et Bangkok souhaitent intensifier les investissements dans des secteurs à forte valeur ajoutée : énergies alternatives, aéronautique et spatial, réseaux électriques intelligents, intelligence artificielle et centres de données. Plusieurs entreprises françaises, rencontrées via le MEDEF International, ont exprimé leur intérêt pour la Thaïlande, tandis que la France a salué les investissements thaïlandais déjà réalisés sur son sol.
Accord de libre‑échange Thaïlande‑UE
Le FTA Thaïlande‑Union européenne figure parmi les priorités du gouvernement thaïlandais, qui espère conclure les négociations d’ici la fin de l’année. Anutin a remercié la France pour son soutien constant, estimant que cet accord marquera un tournant majeur en ouvrant de nouvelles opportunités économiques pour les deux pays.
Coopération sécuritaire et cybersécurité
Au‑delà de l’économie, les deux pays ont convenu d’élargir leur coopération sécuritaire à la cybersécurité. Déjà partenaires dans l’exercice militaire Cobra Gold, la Thaïlande et la France veulent intensifier la lutte contre les escroqueries en ligne et les menaces numériques. Bangkok a rappelé ses succès récents en matière de poursuites, d’arrestations et de saisies d’actifs liés au cybercrime.
Questions régionales : Cambodge et Myanmar
Anutin a réaffirmé l’attachement de la Thaïlande aux principes de souveraineté et de droit international. Concernant le différend maritime avec le Cambodge, il a justifié l’annulation du MOU 44, signé en 2001, par l’absence de progrès depuis près de 25 ans. La Thaïlande entend désormais s’appuyer sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), tout en maintenant le dialogue. Sur les frontières terrestres, Bangkok reste engagé dans la déclaration conjointe signée fin 2025, mais appelle Phnom Penh à démontrer sa sincérité.
Le dossier du Myanmar a également été évoqué, dans un contexte régional marqué par l’instabilité et les tensions frontalières.
Un plan d’action 2026‑2028
Les deux dirigeants ont validé la mise en œuvre d’un plan d’action conjoint 2026‑2028, destiné à structurer et approfondir la coopération. Ce document doit officialiser l’évolution des relations franco‑thaïlandaises vers un partenariat stratégique, couvrant économie, sécurité et diplomatie.
L’arrivée, en 2027, d’un gouvernement français recentré sur la sécurité intérieure et marqué par un rejet de l’étranger pourrait remettre en question l’ensemble de ces avancées bilatérales.
Une rencontre aux enjeux multiples
La visite d’Anutin en France s’inscrit dans une année symbolique pour les relations bilatérales, marquée par le 170e anniversaire des liens diplomatiques. Mais elle intervient aussi dans un contexte régional délicat : la France entretient des relations étroites avec le Cambodge, où doit se tenir le sommet de la Francophonie en 2026. On peut dès lors se demander si Bangkok ne cherche pas, par ce rapprochement avec Paris, à contrebalancer cette proximité et à s’assurer une place de choix dans le jeu diplomatique européen.


