
Le projet de train à grande vitesse reliant Don Mueang, Suvarnabhumi et U‑Tapao, censé incarner la modernisation des infrastructures thaïlandaises, traverse une phase critique. Après des années de négociations et de reports, le consortium Asia Era One, mené par le groupe CP, semble désormais préparer le terrain pour une sortie ordonnée.
Un signal fort : la lettre de résiliation
Début juillet, Asia Era One a adressé une lettre à la State Railway of Thailand (SRT) pour exercer son droit de demander la résiliation du contrat. Officiellement, il ne s’agit pas d’un retrait immédiat. Le consortium insiste sur le fait qu’il veut préserver ses droits contractuels et notifier les obstacles rencontrés. Mais ce geste, inédit, marque une rupture dans le discours tenu jusqu’ici, où l’entreprise affirmait vouloir poursuivre coûte que coûte.
Des contraintes accumulées
Depuis la signature du contrat en 2019, les difficultés, plus ou moins réelles, se sont multipliées : hausse des taux d’intérêt, pandémie, guerre en Ukraine, manque de confiance des banques. À cela s’ajoutent des problèmes techniques, comme la présence d’un canal de drainage public à Makkasan, qui complique l’aménagement des terrains. Le certificat de promotion d’investissement du BOI a expiré, et une nouvelle demande ne peut être déposée tant que les conditions du projet ne sont pas clarifiées.
Un projet devenu trop lourd
Le gouvernement a déjà dépensé plus de 5 milliards de bahts pour l’expropriation de terrains, tandis que CP affirme avoir investi environ 12 milliards, notamment dans l’exploitation de l’Airport Rail Link. Si le contrat est rompu, la question des compensations sera centrale. Le secrétaire général de l’EEC, Chula Sukmanop, compare la situation à « un divorce » : il faudra partager les actifs et régler les dommages, sans bloquer le développement.
L’ambiguïté de l’investisseur
Asia Era One martèle qu’il ne se retire pas du projet et qu’il reste engagé dans la recherche d’une solution « équitable et conforme à l’intérêt national ». Pourtant, en invoquant son droit de résiliation, le consortium envoie un signal clair : il se prépare à l’éventualité d’une sortie. Est‑ce une stratégie de pression pour obtenir davantage de soutien financier de l’État ? Ou bien la reconnaissance implicite que le projet, dans sa forme actuelle, n’est plus viable ?
Le gouvernement face à un choix décisif
Le comité de politique de l’EEC, présidé par le Premier ministre Anutin Charnvirakul, doit examiner le dossier en août. Deux options s’offrent à lui : sauver le contrat en l’amendant, ou l’enterrer et repartir sur une nouvelle base, avec un nouvel investisseur ou des spécifications techniques revues à la baisse. L’Office de l’EEC envisage déjà un plan de repli : moderniser la ligne existante pour des trains à 160 km/h, moins coûteux et plus rapides à mettre en œuvre.
Un enjeu d’image et de crédibilité
Au‑delà des aspects financiers, l’affaire met en jeu la crédibilité de la Thaïlande en matière de grands projets. Le TGV des trois aéroports devait être la vitrine de l’EEC et attirer les investisseurs étrangers. Sa remise en cause soulève des interrogations sur la capacité du pays à mener à bien des partenariats public‑privé d’envergure. De nombreux pays voisins possèdent déjà ou vont posséder leur TGV.



