
La Thaïlande prépare sa 26e ronde d’appels d’offres pétroliers, prévue fin 2026 dans la mer d’Andaman. Cinq grandes compagnies — Chevron, TotalEnergies, PTTEP, Eni et Exxon — ont déjà manifesté leur intérêt. Mais avant de lancer officiellement l’invitation, le gouvernement doit encore valider des conditions fiscales spécifiques, essentielles pour attirer des investisseurs capables d’assumer les coûts et les risques du forage en eaux profondes.
Un contexte énergétique pressant
Le royaume voit ses grands gisements de gaz du golfe de Thaïlande décliner. Selon Bangkok Biznews, les réserves prouvées ne couvriraient que 4,6 années de consommation, et 8,3 ans si l’on inclut les réserves probables. L’Andaman apparaît donc comme une nouvelle frontière énergétique, susceptible de renforcer la sécurité nationale et de réduire la dépendance aux importations.
Des espoirs raisonnables
Les attentes sont élevées, mais les autorités insistent sur une lecture réaliste.
- Exploration : une campagne de forage pourrait coûter près de 900 millions de baht par puits. Les premières dépenses se chiffreraient entre 300 millions et 1,2 milliard de baht par bloc.
- Découverte potentielle : si les estimations de 10 trillions de pieds cubes de gaz se confirmaient, l’impact économique serait colossal, avec ports en eaux profondes, usines de séparation et bases logistiques.
- Recettes publiques : royalties, impôts et primes spéciales pourraient rapporter des centaines de milliards de baht à l’État.
Les estimations de 10 trillions de pieds cubes de gaz correspondent à environ 283 milliards de m³, soit l’équivalent de près de huit années de consommation française. En énergie, cela représente environ 3 000 TWh, un volume colossal qui pourrait transformer l’équilibre énergétique de la Thaïlande. Autrement dit, si les forages de l’Andaman confirment ces chiffres, le pays disposerait d’un gisement majeur à l’échelle mondiale.
Ces projections restent conditionnées à une découverte commercialement viable. Les précédents en Indonésie — Timpan et Layaran — montrent que la géologie régionale peut receler d’importantes ressources, mais rien n’est garanti.
Les obstacles à franchir
Le processus est ralenti par des changements de personnel au ministère de l’Énergie et par des retards de décision au Cabinet. Les investisseurs craignent que ces lenteurs affectent la confiance et, à terme, les factures d’électricité des ménages. De plus, la profondeur des eaux (400 à 2 000 mètres) rend l’exploration techniquement complexe et coûteuse.
Une vitrine internationale
Le gouvernement présentera le projet lors du salon Gastech 2026 à Bangkok, en mettant en avant trois priorités : les concessions de l’Andaman, le développement des infrastructures gazières et l’ambition de devenir un hub régional de GNL. Shell et Mubadala ont déjà montré un intérêt, signe que la Thaïlande peut séduire les grands acteurs mondiaux.
Conclusion
L’Andaman n’est pas une promesse facile, mais un pari stratégique. Les espoirs raisonnables reposent sur une découverte de gaz qui pourrait transformer l’équation énergétique du pays. En attendant, la Thaïlande doit convaincre que ses institutions sont capables de décider vite et de créer un cadre stable. Car sans cela, même les plus grands gisements resteront au fond de la mer.



