
La Thaïlande a lancé un essai inédit de transport ferroviaire de marchandises entre le port de Laem Chabang (Chonburi) et Nong Khai, à la frontière lao‑thaïlandaise. Objectif : moderniser le réseau, réduire les coûts logistiques et renforcer l’ambition de devenir un hub de transport au sein de l’ASEAN.
Un projet pilote sous la nouvelle loi ferroviaire
Présidé par le vice‑Premier ministre et ministre des Transports Phiphat Ratchakitprakarn, le test s’inscrit dans le cadre de la nouvelle Railway Transport Act (2025). Pour ce premier aller‑retour, la société TPIPL a fourni une locomotive tractant 24 wagons plats chargés de caoutchouc naturel. Les données collectées – consommation de carburant, frais d’accès aux voies, coûts de manutention – serviront à définir un modèle « Open Access », permettant aux entreprises privées de louer les infrastructures de la State Railway of Thailand (SRT).
Réduction des coûts et stratégie verte
Le gouvernement mise sur un transfert progressif du fret routier vers le rail. Selon les estimations, l’utilisation des locomotives diesel actuelles pourrait réduire les coûts logistiques d’environ 10 %. À long terme, l’électrification du réseau permettrait des économies de 20 à 30 %. Cette transition s’inscrit dans une stratégie de logistique verte, visant à diminuer les émissions et à fluidifier les échanges. La SRT, qui ne dispose que de 120 locomotives opérationnelles sur 200, prévoit l’acquisition de 50 à 60 nouvelles unités, en partenariat avec le secteur privé.
Vers un réseau régional intégré
Le corridor Laem Chabang–Nong Khai est conçu comme une porte d’entrée vers la Chine du Sud via le Laos. Pour l’Empire du Milieu, cette ligne pourrait faire partie des Nouvelles Routes de la Soie et, à terme, devenir une ligne TGV.
Le ministère des Transports accélère également plusieurs projets :
- Double voie nord‑est : conversion complète attendue en 2027.
- Modernisation de la ligne sud : de Chumphon à Su‑ngai Kolok, avec une échéance fixée à 2030.
- Extension internationale : études de faisabilité pour relier la Thaïlande à la Malaisie, Singapour et même à l’océan Indien via un corridor Andaman.
Une ambition géopolitique
Les autorités soulignent que la position centrale de la Thaïlande, combinée à une faible exposition aux catastrophes naturelles majeures, constitue un atout stratégique. En renforçant ses infrastructures ferroviaires et en ouvrant ses voies au secteur privé, le pays espère consolider son rôle de plateforme logistique régionale et réduire sa dépendance au transport routier.
Cet essai marque une étape clé : au‑delà de la réduction des coûts, il symbolise la volonté de la Thaïlande de se positionner comme acteur incontournable du commerce transfrontalier en Asie du Sud‑Est.


