
Depuis plusieurs semaines, la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge alterne entre signaux positifs et incidents inquiétants. D’un côté, les deux royaumes affichent des gestes de coopération : remise d’un villageois thaïlandais arrêté côté cambodgien, message royal de félicitations du roi Vajiralongkorn à son homologue Sihamoni, ou encore appels officiels à maintenir le dialogue bilatéral. De l’autre, des échanges de tirs, des accusations de propagande et des provocations sur le terrain rappellent la fragilité de la situation.
Les gestes de détente
Le 14 mai, le roi de Thaïlande a adressé ses vœux au roi du Cambodge pour son anniversaire, saluant ses progrès médicaux et son rôle d’« inspiration » pour son peuple. Le lendemain, Phnom Penh a remis à Bangkok un villageois thaïlandais de 58 ans, arrêté pour avoir franchi illégalement la frontière. Ces gestes symboliques visent à montrer que la coopération reste possible malgré les tensions.
Les accusations croisées
Dans le même temps, le ministère cambodgien de la Défense a dénoncé comme « sans fondement » des articles de presse thaïlandais affirmant que ses troupes avaient tiré des grenades M79 près de Preah Vihear. Phnom Penh accuse certains médias de diffuser de la désinformation susceptible d’attiser les tensions. La Thaïlande, de son côté, a signalé des explosions et des tirs près de ses bases, sans pouvoir en confirmer l’origine.
Des incidents sur le terrain
Le 13 mai, des soldats cambodgiens ont été repérés dans la zone d’O’Smach, à proximité de Surin. Après des avertissements ignorés, les militaires thaïlandais ont tiré deux coups de semonce. Dans la soirée, des tirs en provenance du côté cambodgien ont été signalés. L’armée thaïlandaise dénonce l’attitude imprévisible de certains soldats cambodgiens : les déclarations officielles ne correspondent pas toujours aux comportements observés sur le terrain. Les tirs entendus en soirée pourraient n’avoir été que des coups de feu tirés en l’air, possiblement liés à une consommation excessive d’alcool.
Le différend maritime relancé
Sur le plan diplomatique, la Thaïlande a annulé le protocole d’accord MOU 44, qui encadrait depuis 2001 les discussions maritimes. Bangkok appelle désormais à de nouvelles négociations bilatérales, tandis que Hun Sen pousse pour un recours direct aux mécanismes de conciliation de l’ONU. Les deux capitales campent sur leurs positions, mais affirment vouloir éviter l’escalade.
Une armée thaïlandaise en position de force
Ces tensions frontalières offrent paradoxalement une opportunité à l’armée thaïlandaise. En mettant en avant les risques d’incidents, elle justifie ses projets de modernisation : acquisition de frégates, programme de sous‑marin, renforcement de la flotte aérienne avec des Gripen E/F. Les budgets militaires, souvent contestés, trouvent ainsi une légitimité dans la perception d’une menace cambodgienne.
Le chaud et le froid
Entre gestes diplomatiques et coups de feu, la frontière illustre un climat de chaud et froid permanent. Les autorités cambodgiennes dénoncent la désinformation, mais leurs soldats multiplient les mouvements imprévisibles. La Thaïlande, elle, affiche une posture de fermeté tout en capitalisant sur ces tensions pour renforcer ses moyens militaires.



