
La Thaïlande a affiché lundi une position ferme sur le différend maritime qui l’oppose au Cambodge dans le golfe de Thaïlande, tout en lançant la construction d’une nouvelle clôture le long de leur frontière terrestre. Deux volets d’un même dossier sensible, qui illustrent la volonté de Bangkok de garder la main sur ses relations frontalières.
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, également vice‑Premier ministre, a déclaré que les deux pays devaient régler eux‑mêmes leur litige maritime, en s’appuyant sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (Unclos). « Il faut reconstruire la confiance mutuelle et rester ouverts avant d’entamer des négociations », a‑t‑il insisté, tout en mettant en doute la sincérité du Cambodge dans la résolution des différends frontaliers.
Cette déclaration intervient après que Phnom Penh a officiellement notifié son intention d’utiliser la procédure de conciliation obligatoire prévue par l’Unclos. Ce mécanisme impose la mise en place d’un panel de conciliateurs chargés d’aider les États à trouver un compromis. Le Premier ministre cambodgien Hun Manet avait évoqué cette option lors d’une rencontre avec son homologue thaïlandais Anutin Charnvirakul, en marge du sommet de l’ASEAN aux Philippines.
Pour Bangkok, cette démarche ressemble à une riposte à sa décision de mettre fin unilatéralement au mémorandum d’entente signé en 2001 sur les revendications maritimes. Le ministre Sihasak a rappelé que les discussions bilatérales devaient rester prioritaires avant d’envisager l’intervention d’acteurs extérieurs. Aucun accord concret n’a été conclu lors de la réunion trilatérale organisée par le président philippin Ferdinand Marcos Jr, qui préside l’ASEAN cette année.
En parallèle, la Thaïlande renforce sa frontière terrestre. Dans la province de Chanthaburi, l’armée construit une nouvelle clôture entre les bornes 52 et 54, sur une distance d’environ 1,3 kilomètre. Le chantier, entamé fin avril, devrait être achevé en 45 jours. La structure repose sur des fondations en béton armé et des panneaux surmontés d’un grillage métallique, pour une hauteur totale de 1,70 mètre. Près de 1 000 poteaux sont installés à intervalles réguliers.
Selon une source sécuritaire, l’objectif est de renforcer la sécurité et de protéger les habitants des zones frontalières. Les autorités affirment que la construction se déroule entièrement sur le territoire thaïlandais et relève de son droit souverain. Des soldats cambodgiens ont toutefois été aperçus en train de photographier le chantier, et les images ont circulé sur les réseaux sociaux au Cambodge, alimentant les débats.
La zone concernée est décrite comme un terrain plat, avec une démarcation claire et des routes de patrouille déjà entretenues par les deux pays. Pour Bangkok, il s’agit d’un projet purement défensif, destiné à améliorer la surveillance et à prévenir les incidents.
Ces deux initiatives – la ligne dure sur le différend maritime et la construction d’une clôture terrestre – traduisent la volonté de la Thaïlande de sécuriser ses frontières dans un contexte de tensions persistantes. Les affrontements meurtriers de l’an dernier ont laissé des traces, et la méfiance reste forte entre les deux voisins.
Pour Phnom Penh, la conciliation obligatoire représente une voie légale et internationale pour sortir de l’impasse. Pour Bangkok, c’est avant tout une affaire bilatérale qui doit être réglée sans pression extérieure. La Thaïlande cherche à imposer son tempo, car, chaque fois que des instances internationales sont intervenues dans ce différend, elles ont donné raison au Cambodge.
Enfin, mardi, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a réaffirmé que Koh Kood reste sans équivoque en territoire thaïlandais. Il a rejeté l’idée que le mémorandum bilatéral de 2001 puisse servir à contester la souveraineté de l’île, rappelant qu’il a été annulé. Jamais le Cambodge n’a revendiqué Koh Kood, et aucune procédure internationale ne remet en cause son appartenance à la Thaïlande. Les rumeurs évoquant une contestation seraient le fruit de fantasmes d’ultranationalistes thaïlandais cherchant à semer le trouble. Sihasak a assuré que toute délimitation officielle dans le cadre de l’UNCLOS confirmerait clairement que Koh Kood appartient à la Thaïlande.



