
En Thaïlande, le gouvernement s’attaque à un problème qui dépasse largement ses frontières : les commissions exorbitantes imposées par les grandes plateformes de commerce en ligne. Aujourd’hui, les frais dits GP (gross profit), qui incluent commissions, paiements et frais de plateforme, atteignent parfois 30 % du chiffre d’affaires des vendeurs. Une proportion jugée excessive par le ministre de l’Économie numérique, Chaichanok Chidchob, qui estime qu’un taux de 10 à 15 % serait plus raisonnable.
Selon une enquête menée par Global Web Index (GWI), la Thaïlande se classe parmi les pays où le commerce en ligne est le plus développé. L’étude révèle que 96,2 % des Thaïlandais âgés de 16 ans et plus effectuent des achats en ligne chaque semaine. Ce taux, le plus élevé au monde, illustre l’ancrage du numérique dans les habitudes de consommation locales.
Derrière les prix attractifs affichés sur les sites de e‑commerce, une réalité se cache : une part importante de la valeur des produits ne revient pas aux commerçants, mais aux plateformes elles‑mêmes. Pour les petites entreprises et les indépendants, cette ponction réduit drastiquement les marges et fragilise leur survie. Beaucoup expliquent qu’ils n’ont d’autre choix que d’augmenter leurs prix ou de réduire la qualité de leurs services pour compenser.
Le ministère du Commerce et celui de l’Économie numérique prévoient de rouvrir des discussions avec les géants du secteur afin de trouver un compromis. L’idée n’est pas de brider l’innovation ni de mettre en péril le modèle économique des plateformes, mais de rétablir un équilibre. Car si les plateformes doivent financer leurs infrastructures et garantir la sécurité des transactions, elles ne peuvent pas le faire au détriment des commerçants qui constituent leur base.
Des parlementaires, comme Pawoot Pongvitayapanu du People’s Party, rappellent que la Chine a déjà mis en place des mécanismes de régulation pour limiter les abus. En Thaïlande, la Commission de la concurrence commerciale (TCCT) a publié de nouvelles lignes directrices pour encadrer les pratiques des plateformes : interdiction d’imposer un prestataire logistique unique, obligation de laisser les commerçants accéder à leurs propres données, et surveillance des hausses de frais.
Pour les PME locales, l’enjeu est vital. Dans un contexte économique difficile, chaque baht compte. Quand une plateforme prélève près d’un tiers des revenus, il ne reste presque rien pour investir, embaucher ou simplement maintenir l’activité. Les commerçants dénoncent une spirale où seuls les plus gros acteurs survivent, tandis que les petits disparaissent.
Le gouvernement thaïlandais veut envoyer un signal fort : les plateformes ne doivent pas devenir des prédateurs. Mais la régulation reste délicate. Trop d’intervention étatique risquerait de décourager l’investissement privé et de fausser la concurrence. Trop peu, et les abus continueront.
Au‑delà de la Thaïlande, cette problématique interpelle partout : lorsque vous trouvez un article bon marché en ligne, souvenez‑vous qu’une part importante du prix file directement vers la plateforme. Derrière l’écran, ce sont souvent les petits commerçants qui paient le prix fort.



