Le temple emblématique de Nan. Les inondations sont bien plus terribles aux alentours.
Bangkok – Depuis la mi‑août, de violentes pluies de mousson ont provoqué des crues soudaines dans plusieurs provinces du nord et du nord‑est de la Thaïlande. Mae Sot (Tak), Sop Moei (Mae Hong Son), Phetchabun, Ubon Ratchathani et surtout Nan ont été frappées par des inondations et des glissements de terrain, mettant des dizaines de milliers de personnes en difficulté.
À Mae Sot, dans la province de Tak, les pluies torrentielles du 21 août ont submergé le marché central et envahi les quartiers bas, avec plus de 50 cm d’eau par endroits. Le fleuve Moei, frontière naturelle avec le Myanmar, a débordé de plus d’un mètre, affectant aussi la ville voisine de Myawaddy. Les autorités locales ont mobilisé volontaires et bateaux pour évacuer habitants et animaux.
Dans la province de Mae Hong Son, un glissement de terrain à Sop Moei a enseveli une maison sous la boue, blessant cinq personnes. Les militaires et les secouristes ont dû intervenir en urgence pour dégager les victimes et les transférer à l’hôpital.
Plus à l’est, le DDPM (Département de prévention des catastrophes) a diffusé des alertes dans Phetchabun, où les sous‑districts de Lom Kao sont menacés par des crues et des coulées de boue. À Ubon Ratchathani, le Mékong continue de monter et pourrait déborder dans les zones riveraines entre le 20 et le 25 août, touchant les districts de Khemarat, Pho Sai, Khong Chiam et Na Tan.
La province de Nan reste la plus durement touchée. Les pluies ont atteint 388 mm en 24 heures, affectant plus de 12 900 foyers, avec deux morts et une personne disparue. Les districts de Pua, Tha Wang Pha et Wiang Sa sont particulièrement vulnérables. Routes, ponts et réseaux électriques ont été endommagés, tandis que les autorités déploient pompes, radars météo et cartes satellites pour anticiper les prochains épisodes craints ce dimanche.
Au‑delà de la météo, les experts pointent un facteur aggravant : la déforestation. Nan conserve encore plus de 60 % de couverture forestière, mais les pertes cumulées depuis deux décennies sont significatives. Une étude a montré que 92 % des forêts disparues ont été converties en cultures de maïs. Ces terrains cultivés, plus exposés et compactés, favorisent le ruissellement rapide, l’érosion et les coulées de sédiments. Les chercheurs estiment que l’agriculture de montagne amplifie la vulnérabilité des bassins versants, même si la pluie extrême reste le déclencheur principal.
L’histoire récente confirme cette fragilité : Nan a connu des crues majeures en 2006, 2011, 2016, 2018, 2024 et 2025. À chaque fois, des milliers de foyers ont été touchés et des décès enregistrés. Les autorités reconnaissent désormais la nécessité de plans à court, moyen et long terme : protection des forêts de tête de bassin, restauration des berges, gestion plus stricte des cultures en zone érosive et pratiques de conservation des sols.
En résumé, les inondations actuelles ne se limitent pas à un seul territoire : Tak, Mae Hong Son, Phetchabun, Ubon Ratchathani et Nan sont toutes affectées. Sans parler de Sukhothai sous les eaux tous les ans. Si la mousson et les dépressions tropicales expliquent l’intensité des pluies, la transformation des paysages forestiers en terres agricoles pourrait bien avoir amplifié les dégâts.



