
La Cour suprême thaïlandaise a rejeté les appels de quatre prévenus dans une vaste affaire de trafic de méthamphétamines et de blanchiment d’argent, confirmant ainsi les condamnations à mort prononcées contre cinq personnes. Le verdict, lu lundi 7 septembre au tribunal criminel de Ratchadaphisek, concerne un réseau opérant le long de la frontière avec le Myanmar et le Laos.
Les accusés – Piyachat, Krittipong, Amphon, Somboon et Korakot – ont tous nié les charges. Le tribunal de première instance les avait condamnés à mort, décision confirmée en appel puis par la Cour suprême. Les juges ont estimé que l’opération, impliquant 5,2 millions de pilules de méthamphétamine, représentait une menace grave pour la sécurité nationale.
Des peines capitales rarement appliquées
Si la peine de mort reste inscrite dans le code pénal thaïlandais, elle n’a pas été appliquée depuis 2018. Dans la pratique, les condamnations sont généralement commuées en réclusion à perpétuité, puis réduites à 25 ans de prison, voire moins, grâce aux remises de peine ou aux grâces royales. Autrement dit, la sévérité affichée par les tribunaux contraste avec une application réelle beaucoup plus clémente.
Un réseau démantelé et des biens saisis
L’affaire remonte à une opération du Bureau de suppression des stupéfiants en 2019. Les suspects avaient été arrêtés dans un quartier résidentiel de Bangkok, avec la saisie de biens estimés à 100 millions de bahts : maisons, condominiums, voitures de luxe et motos, dont plusieurs Harley‑Davidson. Les procureurs ont décrit un système sophistiqué de blanchiment, utilisant notamment le commerce automobile en Birmanie pour dissimuler les profits du trafic.
Un signal politique et judiciaire
La Cour suprême a souligné que laisser une telle quantité de drogue atteindre les communautés aurait des conséquences sociales et sanitaires massives. En confirmant les peines capitales, elle envoie un signal de fermeté, même si l’histoire récente montre que ces condamnations ne débouchent presque jamais sur des exécutions effectives.
Depuis 2019, les saisies de stupéfiants se chiffrant en millions de pilules se sont multipliées, laissant présager de nombreuses condamnations à mort dans les années à venir. Or, pour qu’un pays soit considéré comme abolitionniste de fait, il ne doit avoir procédé à aucune exécution durant dix ans. La Thaïlande, attachée à la peine capitale, pourrait donc décider d’une mise à mort avant 2028. Les crimes de sang particulièrement choquants, comme le meurtre récent de deux jeunes Russes et d’une famille thaïlandaise près de Pattaya, pourraient figurer parmi les affaires susceptibles d’aboutir à une exécution effective.
Le même jour, un homme de 36 ans, Rattikorn Yingyod alias Sam, a été condamné à mort par le tribunal provincial de Hua Hin. Il avait tué et volé une employée d’hôtel, Wirin Thaolipo, 35 ans, dans la nuit du 19 janvier. Le crime s’est déroulé vers 3 h 15, l’accusé frappant la victime à la tête avec une barre métallique. Les images de vidéosurveillance ont permis aux enquêteurs de l’identifier rapidement. Rattikorn a été arrêté peu après dans le secteur de Soi Hua Hin 42. Lors du procès, il a plaidé coupable mais le tribunal a jugé l’acte trop grave pour accorder une clémence. La famille de la victime, présente à l’audience, a exprimé sa douleur mais remercié les enquêteurs. Le condamné conserve le droit de faire appel devant la Cour suprême, conformément à la loi thaïlandaise.



