
Malgré une légère amélioration dans le dernier classement international PISA, la Thaïlande est loin de crier victoire. Le royaume a gagné cinq places et se hisse désormais au 53e rang sur 91 pays, mais les résultats de ses élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences restent inférieurs à la moyenne internationale. Face à ce constat, le ministère de l’Éducation prépare une vaste réforme articulée autour de quatre priorités :
– réduire les inégalités,
– moderniser la gestion des écoles,
– renforcer le bien-être des élèves
– repenser les méthodes d’enseignement.
Pour les autorités, le principal problème est moins le niveau général que les écarts considérables entre établissements. Les élèves des écoles les plus prestigieuses obtiennent des résultats comparables à ceux des pays les plus performants, tandis que ceux de nombreuses écoles rurales ou professionnelles restent très en retrait. Cette fracture éducative est aujourd’hui considérée comme le principal obstacle au développement du système scolaire thaïlandais, et, au-delà, du pays lui-même.
Le gouvernement prévoit donc d’augmenter les aides destinées aux petits établissements et aux écoles accueillant des élèves issus de familles modestes. Il souhaite également identifier les écoles rurales qui obtiennent malgré tout de bons résultats afin de reproduire leurs méthodes dans le reste du pays. Une attention particulière sera portée aux élèves brillants, mais vulnérables, souvent contraints d’abandonner leurs études pour des raisons financières ou familiales.
Deuxième chantier : la numérisation du système éducatif. Les enseignants thaïlandais dénoncent depuis longtemps le poids des tâches administratives. Le ministère veut désormais centraliser les données scolaires grâce à des plateformes numériques et à l’intelligence artificielle. L’objectif est simple : permettre aux professeurs de consacrer davantage de temps à leurs élèves et moins aux formulaires. Les autorités espèrent également détecter plus rapidement les jeunes susceptibles de décrocher afin d’intervenir avant qu’ils ne quittent définitivement l’école.
La santé mentale et la lutte contre le harcèlement constituent le troisième axe de la réforme. Face à la montée du cyberharcèlement, le ministère travaille avec la faculté de psychologie de l’université Chulalongkorn pour développer des réseaux de soutien entre élèves. L’idée est de former les jeunes à repérer les signes de détresse psychologique chez leurs camarades et à alerter rapidement les adultes.
Enfin, le royaume veut tourner la page de l’apprentissage fondé sur la mémorisation. Le futur programme mettra davantage l’accent sur la réflexion critique, la résolution de problèmes et l’acquisition de compétences pratiques. Le changement ne sera pas simple à mettre en œuvre, tant les méthodes d’enseignement traditionnelles restent profondément ancrées dans les habitudes scolaires et dans la mentalité de certains adultes.
Pour plusieurs experts, ces orientations vont dans le bon sens, mais le véritable défi sera leur mise en œuvre. Car au-delà des programmes et des technologies, beaucoup estiment que l’éducation thaïlandaise a encore besoin d’une profonde réforme administrative pour permettre aux enseignants de se concentrer sur leur mission première : faire progresser les élèves.
« Enfin, l’éducation thaïlandaise doit impérativement se réformer sur le plan bureaucratique. Les promotions et les revalorisations salariales des enseignants devraient dépendre du développement et de la réussite des élèves, plutôt que de critères administratifs », estime Sompong Jitradub, l’un de ces experts.
Du côté de l’enseignement supérieur et face à l’essor de l’intelligence artificielle, la Thaïlande doit repenser son système éducatif et sa stratégie de formation pour éviter un décalage croissant entre les compétences disponibles et les besoins du marché. Réunis lors du forum Nation Forum 2027, responsables gouvernementaux et chefs d’entreprise ont souligné que les compétences techniques deviennent rapidement obsolètes, tandis que l’adaptabilité, l’esprit critique, la curiosité et l’apprentissage continu sont désormais essentiels. Les universités sont encouragées à multiplier les formations pratiques, stages et projets en entreprise.
Du côté industriel, les investissements se concentrent de plus en plus dans les activités numériques et les centres de données, qui créent beaucoup moins d’emplois que les secteurs traditionnels. Les intervenants ont appelé à une coopération étroite entre l’État, les universités et les entreprises afin de définir les profils professionnels de demain et concevoir ensemble les cursus. Ils estiment également que l’IA ne supprimera pas uniquement des emplois, mais transformera profondément les métiers existants. Pour rester compétitive, la Thaïlande devra renforcer l’enseignement professionnel, développer les compétences numériques de tous les diplômés et créer un écosystème capable d’attirer et de retenir les talents technologiques.



