
La tension monte entre Bangkok et Kuala Lumpur. Depuis le 1er juin, la Malaisie a suspendu l’importation de cinq espèces de crevettes thaïlandaises – dont la crevette tigrée et la crevette banane – invoquant des préoccupations sanitaires. Une décision qui touche de plein fouet les producteurs du sud de la Thaïlande, habitués à exporter près de 400 tonnes par mois vers leur voisin.
En toile de fond, un bras de fer sur les normes de sécurité alimentaire. La Thaïlande avait récemment renforcé le contrôle du barramundi malaisien, après la découverte de résidus chimiques et antibiotiques. Les cargaisons n’ont plus franchi les postes frontaliers de Sadao et Padang Besar depuis plusieurs mois, alimentant la colère des pisciculteurs malaisiens qui dénonçaient une concurrence déloyale. Kuala Lumpur a répliqué en imposant ses propres restrictions, exigeant désormais des certificats d’analyse pour chaque lot de poisson thaïlandais.
Pris de court, le ministère thaïlandais du Commerce a reconnu que la notification malaisienne était arrivée tardivement, sans réelle concertation. Bangkok soupçonne une mesure de rétorsion plus qu’un souci sanitaire. Le porte-parole Goranij Nonejuie a assuré que les autorités malaisiennes avaient été associées aux contrôles du barramundi et qu’un dialogue urgent allait être engagé.
Face à la grogne des aquaculteurs thaïlandais, le gouvernement tente de rassurer. Le ministre de l’Agriculture, Suriya Juangroongruangkit, promet d’accélérer les procédures de contrôle grâce à de nouvelles technologies, afin de réduire les délais et apaiser les tensions. Il doit rencontrer l’Association des producteurs de crevettes pour discuter de solutions durables.
En parallèle, le ministère du Commerce cherche à ouvrir de nouveaux débouchés. Des salons professionnels sont prévus en Chine, au Japon et aux États‑Unis pour promouvoir les crevettes thaïlandaises. L’objectif est clair : compenser la perte du marché malaisien, estimée à 44 millions de bahts par mois.
Cette querelle illustre la fragilité des échanges régionaux, où la sécurité alimentaire devient un instrument de pression commerciale. Reste à savoir si les discussions bilatérales ou les forums de l’ASEAN et de l’OMC permettront de désamorcer le conflit. En attendant, les producteurs thaïlandais redoutent une crise prolongée qui pourrait fragiliser l’un des piliers de l’économie agricole du royaume.



