
Le royaume de Thaïlande est plongé dans le deuil après l’annonce officielle du décès de la princesse Bajrakitiyabha Narendiradebyavati, survenu le 12 juin à l’âge de 47 ans. Hospitalisée depuis décembre 2022 à Bangkok, elle avait sombré dans le coma à la suite d’un malaise cardiaque lors d’un entraînement militaire avec ses chiens. Après plus de trois ans de lutte, son état s’est irrémédiablement dégradé, jusqu’à son décès confirmé par le palais royal.
À 07h20, la Télévision nationale a diffusé un communiqué de la Maison royale précisant les modalités des cérémonies funéraires. Le roi Maha Vajiralongkorn a accordé son autorisation pour que la population puisse rendre hommage à la princesse. Dès le 13 juin, les Thaïlandais pourront se recueillir devant son portrait installé au pavillon Sahathai Samakhom, dans l’enceinte du Grand Palais de Bangkok. Un registre de condoléances sera mis à disposition. À partir du 27 juin, après les quinze jours de rites religieux, le public pourra s’incliner devant la dépouille au palais Phiman Rattaya. Les cérémonies s’étendront sur plusieurs mois, jusqu’à la commémoration des cent jours.
Cette annonce suscite une immense émotion dans le pays. Connue sous le surnom affectueux de « princesse Bha », Bajrakitiyabha était considérée comme une figure moderne et engagée de la monarchie. Fille aînée du roi Vajiralongkorn et de la princesse Soamsawali, elle avait grandi entre Bangkok et l’étranger, poursuivant des études prestigieuses en droit à Thammasat, Cornell et Chicago. Sa carrière l’avait menée à l’ONU, où elle s’était imposée comme une voix forte pour la justice et les droits humains.
Son combat le plus marquant reste celui en faveur des femmes détenues. À travers les projets « Kamlangjai » et « Enhancing Lives of Female Inmates », elle avait œuvré pour améliorer les conditions de vie des prisonnières, notamment les mères et les femmes enceintes. Ses initiatives avaient inspiré l’adoption des « Règles de Bangkok » par les Nations unies en 2010, un texte fondateur sur le traitement des femmes incarcérées. Elle avait également présidé la Commission de prévention du crime et de justice pénale de l’ONU, renforçant son image de diplomate respectée.
Ambassadrice de Thaïlande en Autriche entre 2012 et 2014, puis représentante auprès des Nations unies à Vienne, elle avait poursuivi son engagement international, notamment au sein de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Depuis 2017, elle était ambassadrice de bonne volonté de l’ONUDC pour l’état de droit en Asie du Sud‑Est. Son rôle auprès d’ONU Femmes avait également marqué les esprits : grâce à sa campagne nationale contre la violence faite aux femmes, plus de trois millions de signatures avaient été recueillies en Thaïlande.
Discrète sur sa vie privée, la princesse Bajrakitiyabha incarnait une image de générosité et d’intelligence auprès de la population. Son décès laisse un vide immense.
La Thaïlande s’apprête désormais à lui rendre un hommage solennel, reflet de l’attachement profond du peuple à cette femme de son siècle, juriste brillante, diplomate respectée et défenseure infatigable des droits humains.



