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TH‑AI Passport : progrès numérique -et en même temps- possible collusion. MàJ

Geo Valin 12 Juin 2026
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Le gouvernement thaïlandais tente de défendre son ambitieux programme numérique TH‑AI Passport, doté d’un budget de 1,62 milliard de bahts (près de 49 millions de dollars), mais les accusations de favoritisme et de collusion ne cessent de s’intensifier.

Un forum sous tension

Le 11 juin, le ministère de l’Économie numérique et de la Société (DES) a organisé un forum public destiné à recueillir les avis des citoyens et des experts. Le ministre Chaichanok Chidchob a assuré que les remarques seraient prises en compte pour améliorer le projet, qui prévoit d’offrir à cinq millions de Thaïlandais un accès gratuit pendant un an à des outils d’IA premium. Selon lui, des ajustements restent possibles dans le cadre du contrat déjà signé.

Mais pour l’opposition, cette consultation ressemble davantage à une opération de « blanchiment » que de véritable dialogue. Le député Pawoot Pongvitayapanu (Parti du Peuple) a dénoncé un processus biaisé : « Le projet n’est pas né d’une demande publique, mais de la disponibilité de fonds et de la volonté de les dépenser. »

Des conditions de marché contestées

Les critiques portent surtout sur les termes de référence (ToR) du marché. Pawoot affirme que les critères imposés – notamment l’obligation pour les soumissionnaires d’avoir réalisé des projets d’au moins 400 millions de bahts sur huit ans – excluent la majorité des entreprises locales. Moins de 15 sociétés seraient en mesure de concourir, toutes liées entre elles, ce qui alimente les soupçons de collusion.

Autre point sensible : les exigences en matière de publicité, qui imposent l’utilisation d’écrans numériques dans les magasins de proximité et à l’aéroport Suvarnabhumi. Or, seuls quelques opérateurs disposent de ce réseau, ce qui réduit encore la concurrence.

Liens personnels et accusations de favoritisme

La polémique a pris une nouvelle ampleur lorsque le ministre Chaichanok, a reconnu connaître personnellement l’entreprise retenue, tout en niant toute implication dans la procédure. Chaichanok est fils de Newin Chidchob, parrain de Buriram et du Bumjaithai, et partant, de toute la politique thaïlandaise. De nombreux ministres Bumjaithai sont ou ont été accusés de délit d’initié, de collusion, voire de corruption.

« Je connais beaucoup de gens dans ce pays, mais je n’ai pas participé au processus de sélection », a‑t‑il déclaré. L’opposition a aussitôt diffusé une photo de famille lors d’un anniversaire, censée illustrer la proximité entre le ministre et les dirigeants du groupe vainqueur.

Le député Teerachart Kotrakul a également pointé des incohérences : pourquoi autoriser une société ayant fourni les prix de référence à participer à l’appel d’offres ? Et pourquoi exiger une mise en service en seulement 90 jours, un délai jugé irréaliste pour un projet de cette ampleur ?

Peut‑on annuler le projet ?

Le gouvernement affirme que le contrat signé le 7 avril est juridiquement contraignant et ne peut être annulé. Pourtant, l’opposition cite une clause du ToR (15.4.2) qui autorise la résiliation si le projet menace l’intérêt public. Le député Karndee Leopairote (Parti démocrate) rappelle aussi que la loi sur les marchés publics permet des amendements ou une annulation tant qu’aucun paiement n’a été effectué.

Le porte‑parole adjoint du gouvernement, Lalida Periswiwatana, nuance : si le contrat ne peut être remis en cause, des ajustements restent possibles, à condition de préserver les bénéfices pour l’État.

Un enjeu stratégique pour la Thaïlande

Pour ses défenseurs, le TH‑AI Passport est indispensable. Le ministère souligne que la Thaïlande est tombée à la 89e place mondiale en matière d’économie numérique et que l’usage de l’IA reste limité (10,7 % de la population). L’objectif, somme toute modeste, est de doubler ce taux d’ici 2027 grâce à des formations, des certificats et un accès à plus de 30 modèles d’IA intégrés dans une plateforme unique.

Le coût, estimé à 27 bahts par personne et par mois, est présenté comme bien inférieur aux services privés, qui facturent environ 259 bahts. Les partisans du projet y voient une opportunité de démocratiser l’IA et de réduire les inégalités entre zones urbaines et rurales.

Une bataille politique ouverte

Au‑delà des chiffres, le projet est devenu un test politique pour le gouvernement. L’opposition promet de saisir la Commission nationale anticorruption si l’enregistrement public démarre. Le 18 juin, deux commissions parlementaires doivent auditionner le ministre, le secrétaire permanent et les responsables du marché.

Le TH‑AI Passport concentre les critiques sur la transparence des grands projets publics en Thaïlande. Pour le gouvernement, c’est un pari sur l’avenir numérique du pays. Pour ses opposants, un symbole de collusion et d’opacité. Et pour certains observateurs, l’un n’exclut pas l’autre : une promesse de modernisation qui pourrait se transformer en rente pour quelques privilégiés, proche du pouvoir.

MàJ, vendredi soir, devant le tollé, le ministère du Numérique et de la Société (DES) a annoncé vouloir renégocier le contrat du projet TH‑AI Passport pour apaiser les critiques. Le principe retenu serait un paiement « à l’usage », basé sur le nombre réel d’utilisateurs, plutôt qu’un forfait fixe. Le ministre Chaichanok Chidchob a précisé qu’il ne s’agit pas d’annuler le contrat, mais de l’amender. Le paiement, prévu en cinq tranches, n’a pas encore commencé. Lors d’une audience publique réunissant environ 500 personnes, des universitaires et des opposants ont dénoncé des zones d’ombre dans la procédure et demandé davantage de garanties. Certains proposent de réorienter le projet vers le soutien aux entrepreneurs locaux de l’IA.

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