
Le recrutement de 7 256 auxiliaires de santé communautaires suscite de vives interrogations en Thaïlande. Derrière l’initiative du ministère de la Santé publique, portée par le parti Bhumjaithai sous le slogan « Un village, une infirmière bénévole », certains observateurs redoutent une dérive politique. Selon le Dr Suphat Hasuwannakit, ancien président de la Société des médecins ruraux, la composition des jurys d’entretien aurait été modifiée sans explication, ouvrant la porte à des sélections biaisées.
Le processus repose uniquement sur un entretien oral, sans examen écrit, ce qui alimente les soupçons d’ingérence. Suphat estime que ces auxiliaires, censés épauler les équipes médicales locales, pourraient en réalité devenir des agents d’influence politique auprès des villageois. Dans un pays où les réseaux de proximité ou « clientèlisme » jouent un rôle clé lors des élections, la présence d’un « bénévole de santé » lié à un parti pourrait peser sur les choix électoraux.
Autre critique : pourquoi recruter des volontaires alors que plus de 7 000 infirmiers diplômés restent employés sous contrat temporaire ? Suphat appelle à une clarification du ministre de la Santé, Pattana Promphat, et demande l’annulation du programme si la transparence n’est pas garantie. Il a saisi la commission parlementaire de la Santé pour enquêter sur ce projet évalué à 1,3 milliard de baht par an.
Le ministère rejette ces accusations, affirmant que les volontaires ne remplaceront pas les professionnels, mais renforceront les soins de proximité. Il promet par ailleurs la titularisation de 4 525 infirmiers d’ici septembre et la création de 8 642 postes supplémentaires. Reste que la polémique met en lumière la frontière fragile entre santé publique et clientélisme politique.
Dans les villages, ces auxiliaires de santé sont appelés à devenir des figures de confiance, présentes au quotidien pour conseiller, orienter et parfois influencer. Leur rôle dépasse le médical : ils incarnent une autorité locale, capable de façonner l’opinion des habitants. Si leur recrutement est instrumentalisé, c’est tout l’équilibre démocratique qui pourrait en être affecté.
L’affaire rappelle les scandales de concours truqués dans la fonction publique et relance le débat sur l’usage des politiques sociales comme levier électoral. Pour les défenseurs de la transparence, il est urgent que la commission parlementaire garantisse un processus impartial. Car derrière l’image rassurante de l’« infirmière du village », se cache peut-être un nouvel outil de mobilisation politique.
La Thaïlande se distingue par un système de santé primaire entièrement dévoué aux populations ; s’il venait à être contaminé par des enjeux politiques, c’est l’ensemble de l’édifice qui serait fragilisé. À ce stade, rien ne prouve que le Bumjaithai ait réellement engagé une telle manœuvre aussi audacieuse que possiblement stratégique.



