
Le débat sur l’accès aux aides sociales revient au premier plan en Thaïlande. Le 26 juillet, le centre NIDA Poll a publié une enquête intitulée « Les pauvres ont-ils des droits ? », menée auprès de 1 850 personnes âgées de 18 ans et plus, aux revenus mensuels inférieurs à 10 000 bahts. Dans le même temps, Suan Dusit Poll a sondé les plus de 60 ans sur le système de protection sociale. Les résultats révèlent un profond malaise.
Des aides inégalement distribuées
Selon NIDA Poll, 53,78 % des répondants disent avoir déjà bénéficié du programme de carte de protection sociale, contre 46,22 % qui n’en ont jamais profité. Mais la majorité des inscrits (51,73 %) affirment ne pas avoir reçu les aides malgré leur enregistrement. Seuls 23,62 % ont effectivement touché les prestations.
Parmi ceux qui n’ont pas tenté de s’inscrire, la moitié pensaient ne pas être éligibles. D’autres ont renoncé par manque d’envie (22,37 %), par retard (14,25 %) ou par ignorance des démarches (12,72 %).
Colère contenue, soutien incertain
Chez les inscrits restés sans aide, 43,26 % disent ne pas être en colère, mais 21,53 % se déclarent « très en colère ». Quant aux bénéficiaires, leur rapport au gouvernement reste fragile : 36,84 % hésitent encore à le soutenir, 32,49 % estiment que les aides renforcent leur soutien, tandis que 11,67 % affirment qu’ils ne le soutiendront jamais.
Les seniors jugent le système insuffisant
Un autre sondage, mené par Suan Dusit Poll auprès de 434 personnes âgées de 60 ans et plus, souligne la vulnérabilité des aînés. Près de 75 % jugent les aides actuelles insuffisantes et 67 % estiment que la Thaïlande n’est pas prête à affronter le vieillissement de sa population. Plus de 62 % disent avoir peu confiance dans la capacité du système à répondre aux besoins futurs.
Les priorités exprimées sont claires : 65,9 % souhaitent la présence d’agents dans les communautés pour faciliter l’accès aux droits, ainsi que des services à domicile et une meilleure diffusion de l’information. Les sondés insistent aussi sur l’importance d’un système de soins fiable et d’une prise en charge de longue durée, jugés plus urgents que l’aide à l’emploi ou aux frais de subsistance.
Un défi de société
Ces enquêtes dressent un tableau préoccupant : une partie des plus pauvres n’accède pas aux aides -dans les faits minimes pour ne pas dire insultantes- malgré leur inscription, tandis que les seniors doutent de l’avenir du système. Les chercheurs soulignent que les attentes dépassent la simple aide financière : il s’agit d’un accès équitable aux services publics, garantissant dignité, sécurité et, partant, qualité de la vie.
Avec une population vieillissante et des inégalités persistantes, la Thaïlande est sommée de réformer en profondeur son système de protection sociale. Faute de quoi, la question posée par NIDA Poll – « Les pauvres ont-ils des droits ? » – risque de rester sans réponse convaincante.



