
La Thaïlande s’apprête à franchir une étape décisive dans sa politique automobile. Le 10 septembre, le Premier ministre préside une réunion du comité national des véhicules électriques (EV board) pour examiner une réforme fiscale qui pourrait bouleverser le marché. L’idée : relever l’accise sur les voitures électriques entièrement importées et dépourvues de composants fabriqués localement, de 10 % actuellement à un niveau compris entre 31 et 39 %.
Cette mesure viserait à protéger l’industrie nationale face à la montée en puissance des importations, notamment chinoises, et à encourager les constructeurs à investir dans la production locale. Les véhicules intégrant des pièces thaïlandaises conserveraient en revanche des taux préférentiels : 2 % pour les EV et 5 à 6 % pour les hybrides et hybrides rechargeables.
Le ministère des Finances et le département des accises travaillent sur plusieurs scénarios. Outre la hausse des taxes, ils envisagent de durcir les règles de calcul du contenu local. Actuellement, la proportion minimale est fixée à 40 % de composants thaïlandais. Elle pourrait passer à 50 %, ou être soumise à des critères plus stricts. Objectif : renforcer les chaînes d’approvisionnement et éviter que la Thaïlande ne devienne un simple marché d’importation.
Concrètement, l’impact sur les prix serait considérable. Pour un véhicule électrique d’une valeur d’un million de bahts, l’accise passerait de 100 000 bahts à environ 300 000–400 000 bahts. Les commandes déjà enregistrées resteraient soumises aux anciens taux, mais les nouvelles seraient directement affectées.
Cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large. Bangkok veut préserver la base industrielle japonaise déjà solidement implantée, tout en attirant les investissements chinois et étrangers dans l’électrique. Le pays ambitionne de devenir un hub régional d’exportation, en élargissant sa capacité de production et en valorisant les matériaux locaux à forte valeur ajoutée.
Le directeur général des accises, Pornchai Thiraveja, a rappelé que la fiscalité automobile devait évoluer avec les mutations rapides du secteur. Trois principes guident la réforme : utiliser les importations pour attirer la technologie, développer la production pour l’exportation et promouvoir les matériaux domestiques.
Reste à savoir si cette politique parviendra à maintenir l’équilibre entre protection de l’industrie nationale et attractivité pour les investisseurs étrangers. Une chose est sûre : les consommateurs devront se préparer à une hausse sensible des prix des modèles importés, tandis que les constructeurs seront incités à renforcer leur ancrage local.



